Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Critiques Films

2011

Red Riding Hood [Le chaperon rouge]

Melancholia

Rise of the Planet of the Apes [La planète des singes: les origines]

Jodaeiye Nader az Simin [Une séparation]

X-Men: First Class [X-Men: Le commencement]

The Tree of Life

Source Code

The Eagle [L'aigle de la neuvième légion]

Thor

Battle: Los Angeles

Sucker Punch

The Rite [Le rite]

2010

Bu-dang-geo-rae [The Unjust]

Due Date [Date limite]

Centurion

Tucker & Dale vs. Evil

Casino Jack

Animal Kingdom

Waste Land

Incendies

Rare Exports

The Fighter

True Grit

127 hours [127 heures]

Repo Men

The Sorcerer's Apprentice [L'apprenti sorcier]

Black Swan

Resident Evil: Afterlife 3D

The King's Speech [Le discours d'un roi]

Tekken

Another Year

The Town

Akmareul boatda [I saw the Devil]

Scott Pilgrim vs. The World

Kick-Ass

Iron Man 2

The Expendables

Four Lions

Machete

RED
The Other Guys [Very Bad Cops]

2009

Agora

Fantastic Mr. Fox

Sweet Karma

Savage

Amintiri din epoca de aur [Contes de l'âge d'or]

State of Play [Jeux de pouvoir]

Harry Brown

The Last Station [Tolstoï, le dernier automne]

Cold Souls [Âmes en stock]

Goemon

The Men Who Stared at Goats [Les Chèvres du Pentagone]

Enter the Void

Bakjwi [Thirst, Ceci est mon sang]

The Road [La Route]

The House of the Devil

2008

Bitten

Zombie Strippers!

Li Mi de caixiang [The Equation of Love and Death]

Max Manus [Opération sabotage]

Kataude mashin gâru [The Machine Girl]

Die Welle [La vague]

Gomorrah

2007

Se, jie [Lust, Caution]

Sex and Death 101

Battle for Haditha

Ryû ga gotoku: gekijô-ban [Yakuza: Like a Dragon]

Ji jie hao [Héros de guerre/ Assembly]

Before the Devil Knows You're Dead [7h58 ce samedi-là]

Kuro-obi [Black Belt]

Katyn

Crows Zero

30 Days of Night

Zodiac

Irina Palm
Sunshine
Le Prix à Payer
Anna M.
300
2006

Omaret yacobean [L'immeuble Yacoubian]

The Fountain

Rescue Dawn

46-okunen no koi [4.6 Billion Year Love/ Big Bang Love Juvenile A]
Jesus Camp
Letters from Iwo Jima
Ne le dis à personne
The Departed [Les infiltrés]

Little Miss Sunshine
The Good German
Apocalypto  
La Vie des Autres
The Last King of Scotland
Thank you for smoking
2005

Danny the Dog / Unleashed

Chinjeolhan geumjassi [Lady Vengeance]

Down the Valley
2004

Rabudo gan [Loved Gun]

Layer Cake

Git [Feathers in the Wind]

Chi to hone [Blood and bones]

Samaria [Samaritan Girl]

D'autres mondes

Baramui Fighter [Fighter in the Wind]

Kung Fu [Crazy Kung Fu]
Dawn of the Dead [L'Armée des Morts]

Napoleon Dynamite
2003

9 Souls

Salinui chueok [Memories of Murder]

Haute tension

Akarui Mirai [Jellyfish/ Bright Future]

2002

Dirty Pretty Things

Boksuneun naui geot [Sympathy for Mr. Vengeance]

Tasogare Seibei [Le Samouraï du crépuscule] 
Punch-Drunk Love
2001

Jopog manura [Ma femme est un gangster]

Das Experiment [L'expérience]

Aoi haru [Blue spring]

Training Day

2000

Gongdong gyeongbi guyeok JSA [Joint Security Area]

Hyôryû-gai [La cité des âmes perdues]
La Parenthèse Enchantée
1999

Le créateur

Am zin [Running Out of Time]

Titus
Summer of Sam

1997

Unagi [L'anguille]
1996

Gokudô sengokushi: Fudô [Graine de Yakuza]

1995

Welcome to the Dollhouse [Bienvenue à l'Age Ingrat] 

1990

A Fei jingjyuhn [Nos années sauvages/ Days of Being Wild]

1989  
NL's Xmas vacations
1988

The Cowboy and the Frenchman [Les Français vus par David Lynch]

Ghosts... of the Civil Dead

1981

Stripes [Les bleus]

1980  
Caddyshack
1979

Hardcore

Kukushû suru wa ware ni ari [La Vengeance m'appartient]

1978

The Boys from Brazil [Ces garçons qui venaient du Brésil]

1977

Une sale histoire

1975

Zerkalo [Le miroir]

Love and Death [Guerre et amour]

Maîtresse

1972

Vampire Circus [Le cirque des vampires]

1970

La pacifista

Catch-22

1969

Yuke yuke nidome no shojo [Go, Go Second Time Virgin / Vierge violée cherche étudiant révolté]

Les Damnés

1968

If...

1967

Two for the Road [Voyage à deux]

1966

Hakuchû no tôrima [L'obsédé en plein jour/ Violence at High Noon]

Taiji ga mitsuryô suru toki [Quand l'embryon part braconner]

1965

Repulsion

1964

Fail Safe [Point Limite]

1962

Le doulos

1960

Junfrukällan [La source/ The Virgin Spring]

1959

The Mouse that Roared [La Souris qui rugissait]

1958

Touch of Evil [La soif du mal]

1957

Celui qui doit mourir

1956

Bob le flambeur

1955

Shin heike monogatari [Le héros sacrilège/ Tales of the Taira Clan]

1950

Los olvidados [Pitié pour eux]

1926

The Scarlet Letter [La lettre écarlate]


Télévision

Oz 1

The Borgias 1

Caprica

Wire in the Blood 1-3 [La fureur dans le sang]

Las Vegas 1

Mad Men 1

Extras 1 & 2

Damages 1

Dexter 5

How to Make It in America 1

The Walking Dead 1
24 8

Prison Break 1
Lost 3
Heroes: Genesis

Recherche

Liens partenaires

 

logo.gif

31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 17:19

VampireCircus.jpg

Amateurs du kitsch et de l'hémoglobine facile, oyez oyez! Après autant de chef-d'oeuvres aussi variés qu'indubitables que La revanche de Frankenstein, Les fiancées de Dracula, Dracula vit toujours à Londres ou Comtesse Dracula et j'en passe, émergeant des brumes de la sombre Albion, la célébrissime et cultissime société Hammer Production vous envoie de l'année 1972 un des derniers "Hammer Horror movies" de son âge d'or, Vampire Circus, ou Le cirque des vampires. L'affiche à elle seule (voir ci-contre) est promesse de suspense, d'horreur, de jeunes filles dénudées et d'une bonne dose de série B. Ah, ces vampires des années 60/70... un vrai retour aux sources. Miam!

Et on démarre sur les chapeaux de roues avec une révolte paysanne contre un vampire suborneur, le comte Mitterhaus (Robert Tayman), à qui Anna Müller (Domini Blythe), la femme dénudée pour l'occasion du maître d'école, amène des petits enfants avant de faire l'amour avec lui. Après une lutte sanglante, le monstre est tué après qu'il ait lancé son anathème sur le village et envoyé Anna - qui aura échappé de peu au lynchage, sauvée par son mari Albert (Laurence Payne) - chercher Emile (Anthony Higgins), un cousin du comte.

Musique menacante, générique (violet)

Quinze ans ont passé, l'histoire du vampire est passée légende, mais ça ne va pas mieux: le village est en quarantaine à cause d'une mystérieuse maladie qui décime la population.

Un cirque non moins mystérieux parvient tout de même à forcer les barrages(?) et à se faire accepter des villageois après un numéro de danse érotico-féline d'une femme peinte en tigre.

VampCirc2.jpg

Hélas pour la population, une grosse surprise les attend (attention): les membres de la troupe sont en fait des vampires et leurs affidés, leur but de venger le comte Mitterhaus.

La vengeance se met en place et les enfants du village commencent à disparaître...

N'y allons pas par quatre chemins, vous l'aurez sans doute compris, Le cirque des vampires vous fera patauger en pleine série B, à l'image des autres productions Hammer.

VampCirc1Les décors sont en carton-pâte - on se croirait quelquefois dans un épisode des Mystères de l'Ouest -, la musique caricaturale et tonitruante.

Les acteurs ne sont en général pas bien convaincants et tombent dans des postures et des grimaces très anti-Actor Studio. Les brushings comme les costumes restent impeccables en toute situation, les attaques vampiriques se préparent par une indispensable pose durant laquelle le spectateur a l'heureuse opportunité de constater que les vampires ont en général une dentition bien plombée.

Les situations elles aussi, même si on croit aux vampires (?), frisent l'absurde quand elles n'y plongent pas carrément à force de raccourcis saisissants ou d'enchaînements logiques douteux - des vampires ont ainsi la bonne idée de poursuivre leurs proies dans une chapelle, où il est tout de même théoriquement possible de trouver pas mal de crucifix. Mais peut-être n'ont-ils pas l'habitude.

VampCirc4.jpg

Reste que ces approximations et autres aberrations, ajoutées à l'atmosphère des personnages caricaturaux et bien typés du cirque et du village, communiquent - volontairement ou non - au résultat un ton artificiel, irréel qui plonge le spectateur dans un monde simpliste et onirique qui est bien celui des romans d'horreur et de la série B.

Le nain fourbe, la femme-tigre, l'homme-fort (ici interprété par David Prowse, plus connu dans la petite histoire pour avoir été le corps de Darth Vader dans les trois premiers Star Wars), la panthère-garou, le couple d'acrobates, le miroir magique sont les personnages d'une réalité tordue et fantasmagorique d'un univers qui pousse par nature au rêve, et qui s'articule donc à la perfection avec le monde de mystère des vampires.

VampCirc3.jpg

La collision de ces deux univers imaginaires aurait pu ne pas fonctionner. C'était par exemple le cas dans la dernière saison de Heroes, où le cirque était associé aux super-héros. Mais ici, cette association stimule l'imagination et de ce fait laisse passer beaucoup de défauts inhérents à l'intrigue et au manque de maîtrise dans sa réalisation en les sublimant, ce qui constitue bien en soi un tour de force. Même si on ne s'attendait pas à grand'chose en-dehors d'une bonne partie de rigolade, on revient de loin.

La fin du film, qui est en soi grotesque, devient par le même procédé cohérente avec l'atmosphère onirique, et passe correctement.

Des charmes de la série B...

On attend donc maintenant le remake qui exploitera la synergie cirque-vampires en utilisant un scénario, des acteurs et des moyens à la hauteur. Vampire Circus était une bonne surprise, mais sa reprise ne pourra être qu'un hit.

 

Note: 11/20

 

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 15:57

JSA1.jpgDepuis 1953, la Corée est divisée en deux. Un profond déchirement pour beaucoup de coréens, matérialisé par une zone tampon, la DMZ (zone démilitarisée) bien connue pour son no man's land, ses mines, ses haut-parleurs hurleurs de propagande, la tension permanente qui y règne. Au coeur de la DMZ se trouve la JSA ou Joint Security Area, un endroit unique où les troupes des deux camps se trouvent tous les jours au contact - ou plus exactement à quelques mètres les uns des autres. C'est dans ce lieu hautement symbolique que se déroule l'action de Gondong gyeongbi guyeok ou JSA, le film qui fit émerger le maintenant célèbre Chan-Wook Park*. Un long-métrage avec suspense, action, meurtre, politique internationale, et une vraie émotion qu'on retrouve rarement mêlée aux premiers, sinon justement dans les oeuvres de ce cinéaste.

Sophie Jean, jeune officier suisse d'origine coréenne (Yeong-ae Lee) est envoyée en Corée pour mener une enquête sur un incident sanglant qui s'est produit une nuit au coeur de la Joint Security Area, le "pont dont on ne revient pas", un des endroits potentiellement les plus explosifs au monde.

Un soldat et un officier nord-coréens abattus, un sergent nord-coréen blessé à l'épaule (Kang-Ho Song, toujours aussi juste et qu'on a déjà apprécié dans Memories of Murder et  Thirst entre autres), un sergent sud-coréen également blessé (Byung-hun Lee, aujourd'hui également devenu une vedette coréenne de stature internationale, et qu'on retrouvera bientôt dans I Saw the Devil), un revolver et 16 balles tirées pour un chargeur qui peut en contenir 15...

La version officielle veut que cette nuit-là, le sud-coréen se soit fait enlever au Nord et se soit échappé en tuant deux de ses kidnappeurs. Cette histoire ne convainc pas Sophie, qui poursuit donc son enquête dans cette poudrière.

JSA4.jpg

Chan-Wook Park a opté dans ce film pour une construction un peu bancale en commençant par une longue introduction à l'enquête. Le rythme de la première demi-heure pâtit de ce choix comme de la qualité moyenne des scènes tournées en anglais, au point de frôler le ton de la série judiciaro-militaire américaine JAG de temps à autre.

Une musique très "film d'enquête hollywoodien", des acteurs rigides à l'anglais très approximatifs, une action entravée par le cérémonial omniprésent qui s'est mise en place sur les cinquante dernières années pour que cette zone ne se transforme pas en champ de bataille à chaque opportunité d'affrontement... l'ennui s'installe. Peut-être fallait-il cela pour transmettre le cadre inhumain totalement  automatisé de la DMZ, mais le résultat n'est pas probant.

JSA5.jpg

Le film décolle heureusement avec la recréation des évènements sur lesquels porte l'enquête. A mesure que celle-ci progresse, les versions données par les uns et les autres rapprochent le spectateur de la vérité et sont relatées par flashbacks successifs.

Le centre de l'action et de l'intérêt se transfère donc rapidement du suspense autour du dénouement de l'histoire - dont on saisit en fait très rapidement les grandes lignes - à l'évolution des liens entre les différents personnages du drame, où Chan-Wook Park peut donner toute sa mesure.

Joint Security Area dépasse alors le whodunnit classique pour se concentrer sur les émotions bien humaines tissées par les soldats envers et contre toutes leurs consignes. Appuyé sur les interprétations toutes en subtilité des quatre acteurs principaux, sur des images et des paysages magnifiques aussi, le film vire pour le meilleur dans les registres psychologique et, plus exceptionnel chez Park, politique.

JSA2.jpg

Dans cette seconde partie, le réalisateur anime les situations à la perfection en jouant, comme il le fera dans ses futures oeuvres, sur une palette très variée - et éventuellement déconcertante pour un tel sujet - d'émotions: peur, rire, plaisir, angoisse. La maîtrise de la caméra et du tempo - on retrouve par moment les qualités d'association image/musique du générique de Lady Vengeance - est impressionnante.

Côté politique, loin de toute propagande mais sans l'ignorer, traitant les deux camps sans a priori, le cinéaste décrit à travers ses personnages un simple état de fait, la triste situation dans laquelle se trouve son pays. Pas de lavage de cerveau donc, mais un constat à partir duquel le réalisateur pose avec intelligence les questions que les responsables devraient se poser après plus d'un demi-siècle de postures stériles.

Le contexte est plus fort si l'on connaît ou que l'on compatit à l'histoire de la Corée moderne. JSA est certainement encore plus émouvant pour ses habitants, dont les familles ont souvent été déchirées dans cette guerre, et chez qui la réunification reste un sujet très sensible.

Mais même sans avoir à plonger dans les détails du conflit coréen, Chan-Wook Park produit avec JSA un film aussi prenant que pertinent.

La scène finale est une apothéose. Exceptionnelle, à partir d'une simple photo, elle condense en quelques secondes toutes les émotions qui ont traversé le film. Une leçon.

 

* Old Boy,  Sympathy for Mr. Vengeance, Thirst...

 

Note: 15/20

 

 


Autres films de Chan-Wook Park chroniqués dans ce blog:

Bakjwi [Thirst, Ceci est mon sang] (2009) 

Chinjeolhan geumjassi [Lady Vengeance] (2005)

Boksunen naui geot [Sympathy for Mr. Vengeance] (2002)

Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 17:48

Incendies.jpgIncendies, c'était jusqu'à il y a quelques mois une pièce du canadien d'origine libanaise Wajdi Mouawad, une tragédie moderne qui a fait depuis 1983 le bonheur de nombre d'afficionados du théâtre qui y ont surtout apprécié le retour épuré de ce genre qui tendait à tomber en désuétude. Aujourd'hui, c'est un film de Denis Villeneuve qui récolte prix sur prix à mesure qu'il défile dans les festivals. Celui-ci tente sur la même intrigue de conjuguer une vision réaliste, voire historique, avec les courants intenses et profonds qui traversent la pièce et ses personnages.

L'intrigue en question s'inspire de l'histoire de Souha Bechara, femme libanaise qui a passé une dizaine d'années en prison au coeur des années de guerre civile au Liban, cadre propice aux récits de drames humains bouleversants dans lesquels les familles se déchirent où le victime peut facilement devenir bourreau et inversement.

Dans le Canada de nos jours, deux jumeaux, un frère - Simon (Maxim Gaudette) - et une soeur - Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) -, se trouvent réunis devant un notaire qui leur transmet les étranges dernières volontés de leur mère, Narwal Marwan (Lubna Azabal), récemment décédée. Deux lettres leur sont remises qui ne pourront être ouvertes que lorsqu'ils auront retrouvé leur frère pour Simon, leur père pour Jeanne.

Cette dernière part alors pour ce pays - le Liban, qui n'est pas nommé -, d'où vient sa mère et qu'elle ne connaît pas, tandis que Simon s'enferme dans le refus.

A travers les témoins qu'elle rencontre se dessine le portrait d'un femme courageuse sur lequel le sort s'acharne, dans un pays en proie aux massacres et règlements de compte entre les différentes factions.

Incendies1.jpg

Les flashbacks sur la vie de Narwal alternent avec l'enquête des enfants confrontés à un passé qu'ils tentent d'accepter.

Difficile de ne pas comparer la pièce de Wajdi Mouawad avec le film de Denis Villeneuve.

La vision transmise par l'original était celle d'une tragédie grecque modernisée: une famille frappée par le destin, des hommes unis par des liens forts contrecarrés par des dieux cruels et retors, et pour le côté moderne la vie, le pardon, l'apaisement qui tentent de passer envers et contre tout.

Ici, Villeneuve a choisi de présenter de façon totalement réaliste le parcours de Narwal, et s'ajoute donc à la couleur "tragédie" omniprésente un ton "reportage sur une guerre civile" que le théâtre ne peut transmettre - faute de moyen notamment.

Incendies2.jpg

Mais ce qui pourrait apparaître comme un plus - et il est difficile de reprocher techniquement quoi que ce soit aux scènes filmées - se transforme en handicap pour ce qui est du fond tragique du film.

Tout le côté magique et mystérieux de la tragédie grecque - les Dieux tout-puissants imposant leurs règles en écrasant les individus -, côté qui implique un détachement vis-à-vis de la réalité de la vie de tous les jours est hélas amoindri, gommé par le rendu méticuleux et détaillé des scènes - détails vraisemblables ou non, là n'est pas la question. Pas de symbolisme, de grandiloquence pour transcender les aventures de la famille Marwan, pour transmettre l'inéluctable du destin qui broie les hommes.

Du coup les coïncidences qui passent comme lettre à la poste chez les Atrides comme dans la version théâtrale - sortes de licences poétiques si on voudra, qui veulent que la boucle soit bouclée - deviennent ici artificielles.

Le souffle épique se raccourcit, l'émotion s'en ressent. Et les incendies censés embraser le spectateur ne sont plus que feux de camp.

 

Note: 12,5/20

 

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 17:15

TheRite.jpgVous vous rappelez certainement The Exorcist [L'exorciste] de William Friedkin, un film qui a fait date et qui reste un hit près de quarante ans plus tard. Un film qui a donc engendré une ribambelle de dérivés et de copies plus ou moins réussies, parmi lesquelles les dernières en date, The Exorcism of Emily Rose et Dominion: Prequel to the Exorcist rien que pour 2005. Alors quoi de neuf cette année du côté du diable? Eh bien c'est The Rite, avec rien moins qu'Anthony Perkins, réalisé par le Mikael Hafström de 1408 [Chambre 1408], un gage donc pour ce qui est des thrillers axés horreur/ fantastique, au moins sur le papier. Un film bourré de références à son modèle qui tente une incursion du côté du réalisme et de la nature de la foi, ce qui l'éloigne du même coup des côtés horrifiques de celui-ci.

The Rite débute d'ailleurs de la même manière que The Exorcist, un écran qui affirme que ce qui va suivre est "inspiré d'une histoire vraie". Evidemment, ça ne veut absolument rien dire, quelle est la part de vérité, quelle est celle d'inspiration, on restera dans le flou jusqu'au bout, mais cette fois, le film part résolument vers un réalisme prometteur, loin de toute diablerie.

Une réflexion sur la vocation de prêtre et la foi s'amorce, appuyée sur le parcours de Michael Novak (Colin O'Donoghue), propulsé séminariste plus par tradition familiale que par inclination personnelle. Un père autoritaire (Rudger Hauer, trop peu à l'écran), une mère disparue trop tôt, un milieu baignant dans la mort - le père est thanatopracteur... Bref peu d'opportunités d'épouissement pour un petit garçon livré à lui-même et à ses questions.

Rite1.jpgMichael est donc sur le point d'abandonner la voie vers la prêtrise quand son supérieur l'envoie à Rome pour une formation sur l'exorcisme.

C'est là, après avoir eu l'occasion d'exprimer ses doutes, qu'il rencontre le père Trevant (Anthony Hopkins), jésuite gallois qui pratique l'exorcisme au quotidien. C'est là aussi que le film change de ton et tente de déraper vers le fantastique avec l'introduction progressive de divers possédés et autres démons - enfin diront ceux qui auront attendu du surnaturel "sérieux" pendant une petite heure sans grand'chose à se mettre sous la dent.

"Tente" de déraper, parce qu'il est difficile de changer de ton avec succès au beau milieu d'un film.

Parti dans une réflexion existentielle pertinente et assumée sur la foi et le doute, The Rite bascule donc néanmoins du drame psychologique vers le thriller démoniaque avec des effets spéciaux de plus en plus affirmés, de plus en plus présents, de plus en plus - osons le mot - hollywoodiens.

Rite2.jpg

Une première possédée (Marta Gastini, transfigurée pour l'occasion), un deuxième possédé, un premier démon... on se bouscule au portillon. Une ravissante journaliste italienne, Angeline (Alice Braga), qui n'aura d'autre fonction dans l'histoire que celle de "témoin-reporter", assiste aux expéditions du duo Novak-Trevant jusqu'à un final un peu trop prévisible.

Alors bien sûr, les interprétations sont bonnes. Anthony Hopkins livre une fois de plus un numéro époustouflant de personnage ambivalent et éclipse la plupart de ses petits camarades.

Rite3.jpgLa qualité technique est également à la hauteur, du début à la fin du film. Les images sont parfaites - les scènes de pluie impressionnantes -, le cadrage impeccable, l'Italie un peu caricaturale mais éternelle.

Mais toutes ces qualités ne suffisent hélas pas au final à hisser The Rite à la hauteur de son original. Et ce n'est pas les clins d'oeil récurrents à celui-ci qui l'y aident.

Film sur la vocation et la foi, ou thriller horrifique? Le générique de fin lancé, on ne sait plus très bien si on est dans la réflexion ou le divertissement pur, dans le rêve ou dans le réel, tant les couleurs ont évolué dans cette intrigue. Un verre à moitié plein pour les fans de l'un comme de l'autre genre.

Pour les autres, ceux qui se laissent porter, le virage entre les passages psychologique et fantastique du film restera très serré. Trop serré pour ne pas sortir de la route.

 

Note: 12/20

 

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 17:32

RareExport.jpgVous croyez connaître le Père Noël, mais vous vous trompez. Le vrai, le seul a été enterré il y a des siècles sous une montagne finlandaise parce qu'il n'était pas si gentil que ça, et des archéologues américains ont eu la bonne idée de chercher à le déterrer. La bonne idée, c'est en fait celle de la famille Helander et du réalisateur de Rare Exports, un certain Jalmari Helander, des finlandais qui ont pensé récupérer la légende du père Noël et en tirer un film d'horreur / fantastique sur le modèle de l'histoire du monstre exhumé qui va semer la terreur dans la population, et plus particulièrement chez les enfants qui ont quelque chose à se reprocher.

Rare Exports commence donc avec une équipe d'archéologues au travail sur une montagne des Korvatunturi en Finlande sur le point de faire une découverte. Dans les environs vivent Rauno Kontio (Jorma Tommila) et son fils Pietari (Onni Tommila), en compagnie d'autres chasseurs de rennes.

Peu à peu dans la région se produisent des évènements troublants: massacre de bêtes, disparition d'enfants... Pour Pietari, il se pourrait bien que le Père Noël revienne. Pas le gentil Père Noël Coca-Cola dans son habit rouge, non, mais le monstre des légendes finlandaises qui mange les petits enfants pas sages tout cru après les avoir battus comme plâtre. Mais comment le village pourrait-il croire un petit enfant qui se promène encore avec son nounours et qui vient tout juste de recevoir son premier fusil?

Un mythe universel détourné intelligemment, voilà qui est réjouissant. Le Père Noël est donc une victime idéale. Bad Santa de Terri Zwigoff s'y était déjà attaqué brillamment sur le terrain du policier-comédie, Jalmari Helander le fait avec Rare Exports sur le thème fantastique.

Rare2.jpgL'intérêt d'un tel détournement est souvent de plonger dans les détails et de les travestir à la lumière du nouvel éclairage.

En accord avec cette idée, l'inventivité des scénaristes ne s'arrête donc pas là et déborde la simple transformation du livreur de cadeaux préféré des enfants en redoutable croquemitaine en s'attaquant à son entourage habituel: elfes, sacs et autres rennes; en introduisant de mystérieux personnages également (les commanditaires de l'expédition archéologique par exemple)

Cette exploration reste néanmoins dans son exécution fréquemment inachevée, et soulève parfois des questions auxquelles elle ne répond pas, laissant le spectateur sur sa faim - manque de moyens?  de temps?

Rare1.jpg

D'où viennent les elfes? Qui a tué les rennes? Comment le Père Noël a-t-il été déplacé? Où sont passé les archéologues? ne sont que quelques exemples des frustrations qui restent après le générique de fin.

Les indispensables effets spéciaux sont limités mais efficaces.

Le ton général de Rare Exports se situe entre le film d'horreur / fantastique et le conte de Noël. Pas trop de gore pour rester abordable aux petits, assez d'humour noir et de violence pour intéresser les grands. Le résultat est donc bancal: ceux qui s'attendent à un slasher - logique d'après le sujet - seront donc déçus, et les tout petits en sortiront traumatisés.

Une curiosité à voir quand même - de préférence début décembre -, ne serait-ce que pour voir un film finlandais, élargir ses horizons sur le Père Noël, et pour les bonnes idées qui s'y trouvent en germe.

 

Note: 12/20

 

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 17:41

Cowboy1.jpgPour une fois, un court-métrage - 25 minutes environ - dans ce blog, mais non des moins intéressants, de par son réalisateur: David Lynch, et son thème: les français tels que perçus par les américains. Un sujet de choix pour Lynch, réputé pour ses talents dans les manipulations et détournements de clichés - Twin Peaks, Mulholland Drive par exemple.

Rapidement, les pronostics se confirment avec les personnages en présence, caricaturaux à souhait: à ma gauche un cowboy sourd comme un pot à force de dégainer son colt à tout bout de champ (Harry Dean Stanton), à ma droite un français et son inséparable valise, pleine des attributs qui font la gloire et la réputation de ce beau pays à l'étranger: assiette de fromage, bouteilles de vin rouge, rognons (probablement), tours eiffel miniatures entre autres trésors. D'autres stéréotypes complèteront les scènes au fil du film.

La rencontre qui avait plutôt mal débuté dégénère progressivement en fête bon enfant pleine d'échanges culturels aussi surprenants que réjouissants.

Cowboy2.jpgLe ton est original pour Lynch, puisque le film se place dès les premières images dans la comédie-farce.

Sans se prendre au sérieux, les acteurs nagent dans des accents et des expressions très caricaturaux: "Voulez-vous coucher avec moi ce soir...", "Ouh la la", "Damn what's that?", "What the hell?", auxquels se mêlent des visions oniriques très réussies sur les "arts" des uns et des autres, du rodéo au cabaret style Moulin Rouge. Les scènettes se mêlent et s'entrelacent à mesure que la soirée s'avance pour toucher au sentiment de surréalisme typique des oeuvres du réalisateur, sans aborder ses couleurs les plus dérangeantes. On est loin d'Eraserhead par exemple...

L'intrigue est très basique, voire inexistante, mais on est dans un court-métrage sans prétention, et avec Lynch on est habitué aux histoires qui n'en sont pas, donc pas de problème. Son talent n'est pas là, mais dans l'exploitation des idées reçues, ici foisonnantes.

Sans doute la seule comédie réalisée par Lynch, The Cowboy and the Frenchman saura donc vous faire rire à coup sûr, que vous soyez dans un camp ou dans un autre - voire dans aucun des deux. A découvrir!

 

Note: 13,5/20

 

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 18:55

BlueSpring.jpg

Toshiaki Toyoda est doué pour dépeindre les trajets d'êtres en transition, déboussolés. Il l'avait déjà démontré dans 9 Souls, où il s'intéressait à une bande de prisonniers en cavale. Dans le précédent Aoi Haru [Blue Spring], film devenu culte et sorti deux ans plus tôt, c'est la vie des adolescents dans un lycée japonais qu'on qualifierait facilement d'anti-modèle qu'il racontait. Un milieu idéal composé d'êtres en recherche et en danger chez qui les surprises et les retournements de situation, et donc la matière pour le cinéaste, abondent naturellement.

L'adolescence est un temps d'évolution, d'apprentissage, l'époque de la vie où le garçon mue vers l'homme. Au lycée Asahi, on ne peut pas dire que cet apprentissage se concentre sur les matières académiques.

Les élèves, livrés à eux-mêmes, passent le temps en rivalités, rêvasseries et jeux plus ou moins stupides qui les distraient momentanément d'un déseuvrement permanent.

Parmi ces jeux, il en est un particulièrement risqué qui décide de qui sera le chef des grands, celui que tout le monde révère et dont personne n'oserait croiser le regard, jusqu'au prochain défi qui le détrônera.

Kujo (Ryûhei Matsuda, qu'on aura déjà pu voir dans Taboo, Izo,  4.6 Billion Years of Love,  9 Souls...) en est le dernier gagnant, un peu par hasard. Ses camarades, dont son ami de toujours Aoki (Hirofumi Arai), l'adoptent donc comme chef.

Mais Kujo, comme chacun d'entre eux, est travaillé par des questions auxquelles il n'arrive pas à trouver de réponse facile, et ne trouve pas toujours d'intérêt à entrer dans ce rôle. L'équilibre de la petite bande autour de Kujo, du lycée aussi, bascule alors devant cette absence d'autorité, devant le temps qui passe aussi...

BlueSping1.jpg

Détrompons tout de suite le lecteur, Blue Spring, bien que tiré d'un manga, n'est pas un film d'affrontements de bandes de jeunes, de série de bagarres pour devenir calife à la place du calife comme peut l'être Crows Zero  - qui y est souvent comparé - par exemple. Même si la violence y est présente par intermittence, le schéma narratif ne suit pas celui de l'ascension irrésistible d'un ou plusieurs héros.

Non, la trame se repose sur plusieurs jeunes en tentative de construction, en questionnement existentiel qui peut les faire basculer d'un coup de l'univers de leur enfance à celui d'une vie "réelle" dont ils ne sortiront plus: la mafia, une carrière de sportif international, la prison, le couple, l'horticulture...

BlueSping2.jpg

C'est le moment où la roue tourne - rendu dans le film par l'image des glaces à bâtonnets "gagnants" ou "perdants" - et où chacun essaie de se déterminer pour le meilleur, le printemps où le bourgeon va, doit - la pression intérieure comme extérieure est forte - éclore.

La plupart ont leurs rêves qu'ils réaliseront ou bien où ils échoueront pitoyablement. Ces derniers devront se résoudre à un triste destin.

Les autres, et ils ne sont pas à envier non plus, n'ont pas de but, de vision, et redoutent le moment où ils devront sortir de cet univers où les règles sont faciles, connues. Comme Kujo, ils peuvent alors lâcher prise et se laisser entraîner dans le flot du monde, ou comme Aoki s'accrocher désespérement aux lois simplistes et dépassées de leur enfance.

BlueSping3.jpg

Le talent de Toshiaki Toyoda est de faire émerger ces trajectoires clairement et sans fard, de susciter et transmettre les émotions de ses personnages jusque dans leurs plongées éventuelles dans l'absurde et la folie.

La variété de leurs caractères et des situations aidant, avec l'appui de quelques personnages secondaires marquants (parmi lesquels on reconnaît Mame Yamada, l'acteur nain de 9 souls), d'une bande-son très rock et de séquences déstabilisantes rompant l'action en cours, le réalisateur bouscule le spectateur et l'entraîne implacablement vers un panaché déconcertant d'émotions et de sentiments.

Bref, du très bon coming of age.

 

Note: 15/20

 

 


Autre film de Toshiaki Toyoda chroniqué dans ce blog:
9 souls (2003)
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:33

TouchOfEvil-copie-2.jpg

Superlatifs et anecdotes diverses se bousculent pour caractériser Touch of Evil. Considéré par beaucoup comme une des meilleurs réalisations d'Orson Welles, il aura marqué la légende du cinéma par sa place de dernier grand film noir classique hollywoodien, par une débauche d'exploits techniques et innovants qui en font un exemple jalousé par nombre de cinéastes aujourd'hui encore, par son casting aussi exceptionnel qu'extravagant, par son intrigue à strates multiples, par son style unique et tourbillonnant. Bref, un film qu'il ne faut pas hésiter à voir - ou à revoir.

Qu'est-ce qu'un film noir? Si on reprend la définition de Raymond Borde et Etienne Chaumeton, il doit plonger le spectateur dans l'onirique, l'étrange, l'érotique, l'ambivalence et la cruauté.

Touch of Evil accomplit cela, et plus encore.

Tout commence par un plan-séquence d'environ trois minutes vingt (voir la vidéo plus bas), incroyablement complexe dans ses mouvements de caméra comme dans les déplacements et le jeu des acteurs. Jugez-en plutôt: un homme observe un couple qui marche vers un parking, court placer une bombe à minuterie dans leur voiture, celle-ci démarre, passe derrière une maison, croise un premier vendeur ambulant, dépasse au ralenti un autre couple en marche vers un poste-frontière, est arrêtée par un combat de chiens, repart... et ainsi de suite, le tout sur fond de rue animée, imbriqué de dialogues et filmé à l'aide d'une caméra qui se déplace sur au moins une centaine de mètre de long et quelques mètres de hauteur. Un premier exploit cinématographique qui tient le spectateur en haleine autant par son impressionnante technicité que par la tension induite par la minuterie de la bombe, à laquelle chaque mini-séquence rajoute un niveau.

Touch1.jpg

Orson Welles poursuit après cette séquence les scènes en multipliant surprises et contrastes complexes et étourdissants.

L'action est ainsi fréquemment entrelacée et se joue sur plusieurs plans de façon simultanée dans le même cadre, préparant la séquence qui suit, introduisant un nouveau personnage ou bien ajoutant au déroulé de l'intrigue des détails sans rapport direct avec ce qui préparait.

Les dialogues sont donc souvent sur des niveaux multiples.

Les acteurs peuvent entrer dans le cadre pour dire quelques phrases, en sortir puis y retourner, dire des lignes totalement hors-champ, simplement être présents en ombres portées ou encore sur un miroir alors que la caméra se meut de manière fluide.

Touch4

Pour ce qui est des phrases choc assénées par un personnage - elles abondent -, moments de répit au milieu de tant de mouvements tourbillonnants, les gros plans sont logiquement préférés aux plans américains. Elles ponctuent l'action et y apportent toute sa signification.

La virtuosité déployée par Welles dans ce contrôle, toute intelligence et technicité, bien que trop voyante, est mise au service d'une intrigue déjà peu claire qui n'en devient que plus trouble, résultat prévisible, attendu et bienvenu pour un tel film.

Charlton Heston est Mike Vargas, policier mexicain en lune de miel dans une ville-frontière avec sa jeune femme américaine Susie (Janet Leigh)

A l'explosion de la voiture de la première scène se mêle une affaire de stupéfiants pour laquelle Mike doit témoigner dans quelques jours et dont les restes du gang impliqué, dirigés par l'oncle Grandi (Akim Tamiroff), rôdent dans la ville en quête de vengeance.

Touch2.gif

Face à Mike, côté américain, se trouve le capitaine Quinlan (Orson Welles lui-même), cynique dur-à-cuire dont les méthodes se révèlent de plus en plus douteuses.

Les personnages sortent des canons hollywoodiens et sont poussés dans des directions très "série B". Charlton Heston (alors en pleine ascension - il explosera l'année suivante dans Ben-Hur) est bien improbable en policier mexicain à moustaches naïf et droit, égaré dans une affaire qui le dépasse. Ce casting bizarre est intelligemment - désinvolture géniale ou second degré affirmé? - mis en dérision dans les dialogues mêmes du film.

Le reste de la distribution est plus convaincant.

Janet Leigh (qui tournera Psycho deux ans plus tard) est une troublante et troublée ingénue sur laquelle on est amené à se poser pas mal de questions, Orson Welles excelle dans le rôle du vieux flic salaud, bedonnant, corrompu et pourtant touchant.

Les rôles moins importants sont tout aussi travaillés: Akim Tamiroff, dont c'est peut-être le plus grand rôle, mais on remarquera également Zsa Zsa Gabor, ainsi que Marlene Dietrich en mystérieuse tireuse de carte.

Procédé peu répandu à l'époque, les acteurs ont été appelés à participer eux-même à la construction de leur personnage et contribué à la réécriture de leurs dialogues, et ça se sent: les jeux sont variés, très affirmés, souvent déroutants et surréalistes.

Touch2-copie-1.gifAppuyés par les grands angles, contre-plongés et autres gros plans, ils exhalent la vérité.

Pas celle de la vie de tous les jours, mais une "autre" vérité fondée sur les rêves, les angoisses et les fantasmes... une vision glauque et incertaine, bien dans la couleur du film noir.

La première version du réalisateur ne plaisant pas à Universal, le film sera hélas remonté pour sortir en série B - c'est-à-dire en première partie de projection en double séance - avant l'inoubliable (?) film de série A The Female Animal [Femmes devant le désir] du non moins inoubliable (?) Harry Keller. Touch of Evil sera donc la dernière réalisation hollywoodienne de Welles.

Les intuitions des studios ne sont pas toujours les meilleures.

 

Note: 17,5/20

 

 

 

 


 

 

Le plan-séquence d'introduction


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 18:45

LadyVengeance.jpgChinjeolhan geumjassi (ou Lady Vengeance, ou encore Sympathy for Lady Vengeance) conclut donc la trilogie de la vengeance de Chan-Wook Park, à la suite de Sympathy for Mr. Vengeance et du célèbre Oldboy. Après le chef d'entreprise et le "vieux garçon" - au sens propre -, l'ange de la vengeance s'incarne ici dans une jeune femme emprisonnée à tort pour un crime dont elle n'est qu'une complice mineure. Une fin de cycle marquée par un esthétisme et un recours aux effets spéciaux plus poussés que son début, qui atténuent le fond du propos mais confirment, s'il en était encore besoin, les multiples talents et perspectives du réalisateur coréen.

Comme dans les deux premiers volets de la trilogie, la source du mal se trouve dans les enlèvements d'enfants, apparemment un trafic juteux en Corée. Ici, la jeune Geum-ja Lee (Yeong-ae Lee) a été condamné pour le kidnapping et le meurtre d'un petit garçon il y a treize ans.

Elle sort aujourd'hui de prison, et n'a qu'une idée en tête, qu'elle a cultivée, mûrie pendant toutes ces années, c'est de réparer sa faute et se venger du véritable meurtrier, un certain Baek (Min-Sik Choi, le héros de "Oldboy" dont on pourra bientôt à nouveau admirer les qualités d'interprétation de psychopathe dans  Akmareul boatda [I Saw the Devil]), instituteur dans le civil.

Le film est divisé en deux parties, la première détaillant les préparatifs de Geum-Ja et l'exécution de sa traque, la seconde concentrée sur la vengeance proprement dite.

Dans la première, les personnages se mettent donc en place avec leurs histoires, leurs traits de caractères sont révélés, le pourquoi des choses peu à peu dévoilé. Flash-backs, passages en voix off, une narration réaliste et factuelle de forme assez classique, en permanence tournée dans la perspective de la vengeance de Geum-ja.

Lady1.jpgEnsuite vient l'exécution de celle-ci, beaucoup plus surprenante sur le fond. Sans en dévoiler les détails, disons que cette partie frise l'exercice intellectuel, la figure de style scénaristique pour tracer une morale intéressante mais plaquée de façon artificielle.

La réflexion qu'elle développe est certes passionnante - thème de la vengeance par la "justice populaire", assouvissement et libération des victimes dans le crime -, mais les traits sont par trop grossis pour être convaincants. De plus, une fois le principe de son déroulement compris, l'effet de surprise disparaît, ce qui laisse un tiers du film sans réel rebondissement.

L'ensemble s'ajuste donc de manière bancale: les deux moitiés, de couleurs et de tons différents, ne se répondent pas, et forment deux tableaux consécutifs et assez clairement dissociés.

LadyV4.jpgSi cette rupture dans l'intrigue ne contribue pas à l'unité du film, Chan-Wook Park a tenté de remédier à ses conséquences par son travail sur les personnages et un style qui s'appuie sur des ruptures crues et réalistes, et un esthétisme ici poussé beaucoup plus loin que dans les deux premiers volets de la trilogie.

Les personnages, c'est d'abord et avant tout celui de Geum-ja Lee, l'ange vengeur lancé dans une spirale du même ordre mais a priori plus intérieure que celle du Mr. Park de Sympathy pour Mr. Vengeance. Une femme fantasmatique construite sur les modèles des excellentissimes séries de films japonais Shura-yuki-hime [Lady Snowblood] et Joshuu 701-gô: Sasori [Female Prisoner #701: Scorpio]*, impliquant le recours à des stéréotypes de bande dessinés en phase avec les volontés d'esthétisme de Park.

LadyV2.jpgCostumes, armes, maquillages, attitude résolue et implacable, beauté froide, Geum-ja est la vengeuse masquée avec sa part d'ombre et sa part de lumière, un zorro féminin ambigü et sexué, à la fois ange et démon - sorcière en la circonstance , une de ses surnoms de prison. Un personnage capable de tenir le film de bout en bout pendant près de deux heures.

Son pendant-némésis est Mr. Baek, loup-serpent déguisé en agneau moins caricatural que Geum-ja mais insidueux et terrifiant. Là encore un mélange de deux couleurs - fantasmatique pour Geum-ja, réaliste pour Baek - qui prête à controverse mais s'avère efficace.

Autre aspect du travail de Chan-Wook Park, son style, et donc ici un esthétisme beaucoup plus marqué que dans ses précédentes réalisations.

LadyV3.jpgDès le générique de début, l'évolution et la volonté sont flagrantes. Graphiquement comme musicalement, c'est un modèle du genre (voir plus bas la vidéo)

Le reste du film suit la même voie, au rythme contrôlé des violons, clavecins et chorales de Vivaldi et de Paganini - la bande originale du film ravira leurs fans. Avec aussi l'aide d'effets spéciaux et d'images inattendus dans un thriller - ne pas manquer l'homme-chien-traîneau par exemple.

Le résultat est très beau, avec un contraste qui percute la laideur traditionnellement associée aux sentiments de certains personnages. Comme d'habitude quand un film devient très esthétique, l'impact psychologique en sort diminué, mais il procure ici à l'ensemble une unité indispensable qui lui manque à la lecture brute du synopsis.

Grâce à ces atouts, Lady Vengeance reste digne de la qualité de ses deux grands frères, sans toutefois atteindre leur niveau: un Chan-Wook Park de transition, mais à ne pas négliger si l'on s'intéresse à ce réalisateur qui ne cesse de monter.

 

* Pour ne pas évoquer leurs faibles dérivés tarantinesques à la Kill Bill


Note: 13,5/20

 

 


 
Générique de début

  

Autres films de Chan-Wook Park chroniqués dans ce blog:

Bakjwi [Thirst, Ceci est mon sang] (2009) 

Boksunen naui geot [Sympathy for Mr. Vengeance] (2002)

Gongdong gyeongbi guyeok JSA [Joint Security Area] (2000)

Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article
13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 12:42

MaxManus.jpgChaque pays a ses guerres, chaque guerre ses héros. Dans la Norvège de la seconde guerre mondiale, le résistant-saboteur le plus connu avait pour nom Max Manus. Max Manus, rebaptisé Opération sabotage en français, retrace le parcours de ce combattant exceptionnel durant ces années sombres, de la guerre de l'hiver 39-40 en Finlande où il était volontaire jusqu'à la libération. Un film au style classique dans lequel le plus intéressant n'est peut-être pas dans les aventures proprement dites de Max, mais dans le personnage lui-même.

Manus (Aksel Hennie) est un combattant volontaire de 25 ans quand les soviétiques tentent d'envahir la Finlande en 1939. Une fois cette campagne terminée, il retourne en Norvège, son pays natal, pour le retrouver occupé par les troupes nazies.

Il s'engage alors dans la résistance clandestine, dont les actions naïves et mal organisées mènent à son arrestation par la gestapo. Il s'évade après avoir tenté de se défenestrer, rejoint l'Angleterre et y reçoit un entraînement de commando avant de retourner en Norvège et d'y mener des sabotages plus périlleux les uns que les autres, et ce jusqu'à la fin de la guerre.

Pendant ce temps, les allemands, conduits par le sinistre chef de la gestapo Siegfried Fehmer (Ken Duken) tentent de démanteler son réseau à coup de traques, d'arrestations, d'exécutions d'otages. Un combat terrible dans lequel les amis de Max tombent les uns après les autres, ceux de la première heure comme ceux avec qui la rencontre n'aura duré que quelques jours, quelques heures.

MaxManus1.jpg

Pour recréer la Norvège de la guerre, les moyens ont été considérables, à la hauteur des évènements dépeints.

Quant au style narratif utilisé par les réalisateurs - Joachim Ronning et Espen Sandberg -, il se place résolument pendant la plus grande partie de Max Manus dans celui du film de guerre -biographie historique classique. Pas ou peu de thèse sous-jacente ou de questions posées - mis à part le dilemne posé par la nécessité brûlante d'une action contre l'occupant qui déclenchera très probablement des représailles contre-productives par rapport aux objectifs cherchés -, on se contente de reconstituer les faits en fournissant à l'occasion une profondeur aux divers personnages selon leur lien avec le héros.

 

MaxManus2.jpg

La fréquence des scènes d'action, réalisées efficacement, pose le rythme du film sans grande surprise, même pour qui ne connait pas les détails des exploits de Max. 

L'originalité et l'intérêt de Max Manus viennent en fait avec la fin de la guerre, qui sonnera comme le moment d'un bilan incertain face au tableau brillant des succès du héros.

A quoi bon tous ces sacrifices, tous ces hommes tombés? Que faire quand on se retrouve - enfin? - face à face avec celui qui vous a pourchassé sans pitié pendant des années, maintenant enchaîné et à votre merci?

Le film prend avec la dépression qui envahit Max dans ces quelques dernières minutes toute la justification qu'on attendait.

 

Note: 13/20

 


 
Repost 0
Published by Eddl - dans Cinéma
commenter cet article

Articles Récents