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Critiques Films

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 17:51

BattleForHaditha.jpgQuelques années de la seconde guerre d'Irak résumées en un "incident" hautement symbolique, la tuerie d'Haditha, c'est la proposition de Nick Broomfield, réalisateur anglais spécialisé dans le documentaire, dans Battle for Haditha. La reconstitution de ce qu'on a souvent décrit comme un Mai Lai irakien, moins de deux ans après les faits, se veut fidèle à la réalité. Le portrait de l'occupation américaine qui en découle n'est pas flatteur, à l'instar d'ailleurs de la plupart des films consacrés au sujet depuis. A qui la faute? Au-delà du constat, Battle for Haditha décrit les mécanismes qui ont mené au désastre, alors même que la plupart des intervenants sur le terrain se pensaient de bonne volonté ou dans leur bon droit.

Broomfield a construit Battle for Haditha comme un reportage au travers duquel seront suivis - sans présence visible de l'équipe, sauf via des regards caméras de certains marines ou de rares ombres portées - les principaux protagonistes de l'affaire, de sa préparation jusqu'à son dénouement: une compagnie de marines, une petite équipe d'insurgés, et une famille qui vit à proximité de l'endroit du drame.

Le caporal Ramirez (Elliot Ruiz) est au centre de l'action côté armée américaine. Il mène ses hommes, des gamins comme lui, au milieu d'une guerre où la tendance naturelle est de s'endormir face à un ennemi invisible qui frappera au moment où on s'y attendra le moins.

Face à eux, un ancien militaire de l'armée de Saddam, Ahmad (Falah Flayeh) et un jeune se préparent à installer une bombe sur le trajet de leur patrouille. Ce n'est pas par fanatisme religieux qu'ils agissent - Ahmad est bien embêté quand il apprend que ses commanditaires comptent supprimer les débits d'alcool dans les jours qui viennent -, mais pour gagner un peu d'argent et résister à l'armée d'occupation du même coup.

Haditha3.JPGEnfin, il y a la famille nombreuse où vivent Hiba (Yasmine Hanani) et son jeune mari Rachid avec hommes, femmes et enfants de tous âges qui n'ont a priori rien à voir avec la politique internationale si ce n'est qu'ils vivent dans une maison à proximité de l'endroit où Ahmad va installer sa mine. Ils risquent donc fort de se trouver sur le chemin des américains quand ceux-ci chercheront les responsables de l'attentat.

L'angle choisi par la réalisateur est donc celui du réalisme poussé aussi loin que possible, suivant les actions de chacun des groupes de personages. La composition tissera grâce à cette juxtaposition de points de vue une vision objective de la situation.

Dans cet esprit, la reconstitution se veut fidèle et fait tout pour rapprocher le spectateur du vrai, non seulement en utilisant les techniques des équipes de reportage traditionnelles, mais aussi dans le choix des acteurs et des décors, dans le texte et dans le jeu également.

Haditha1-copie-1.jpg

Broomfield choisit ainsi la Jordanie pour tourner son film, et un mélange d'acteurs professionnels et non-professionnels. Les marines du film sont en partie joués par de vrais anciens marines, certains irakiens par des exilés de ce pays.

Les dialogues, eux, ont été réécrits par les acteurs et partiellement improvisés.

Les efforts du réalisateur portent indubitablement leurs fruits, la violence est perceptible même quand elle ne se déchaîne pas, l'injustice de la situation plus criante qu'elle ne serait apparue grâce à un traitement conventionnel. Le "vécu" des personnages est palpable.

On pourra néanmoins regretter certaines tentatives d'incursion maladroites dans la fiction, d'approximations de certains détails et personnages, de volonté trop flagrante de faire passer un message qui en sape justement la crédibilité en s'éloignant de la reconstitution des faits eux bien réels.

Haditha4.jpgAinsi, qu'apporte à l'intrigue une scène d'amour dans la famille musulmane? Pourquoi développer si peu le personnage du sheikh qui manipule les insurgés? Pourquoi la scène de lamentation de Hiba à la fin? En versant par moments trop visiblement dans le pathos, ce qui était un docudrama froid et convaincant perd la principale de ses armes, la revendication d'une objectivité oh combien nécessaire pour évaluer lucidement la situation.

La description des liens et des manipulations des uns par les autres reste tout de même passionnante, comme la description de l'engrenage implacable et orchestré impliquant provocation, terrorisme et répression Mais l'analyse finale des responsabilités, en particulier celle des conspirateurs au plus haut niveau des deux camps, de leur mépris de la vie d'une population que tous clament venir sauver, en ressort brouillée. Les messages de paix sous-jacents ne convaincront très probablement pas les partisans de l'un ou de l'autre de calmer leurs ardeurs.

On devra donc se contenter d'une morale somme toute classique pour un film centré sur une guerre civile: ses premières victimes en sont les innocents. Gamins envoyés arme à la main dans des situations qui les dépassent complètement, civils dont le massacre en bonne conscience servira à allumer de nouveaux feux ailleurs qui réjouiront les fanatiques de tous bords, attention, vous disparaissez tragiquement dans un combat qui n'est pas le vôtre.

 

Note: 13/20

 

 


 
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 17:04

GoGoSecondTime.jpgEncore un titre énigmatique et exceptionnel (enfin, le titre anglais: Go, Go Second Time Virgin, qu'on pourrait traduire par Va, va, vierge pour la deuxième fois), encore un film de Kôji Wakamatsu, ce spécialiste du pinku eiga des grandes années, concoctions inédites de sexe, violence, art, fantasmes et réflexion réalisées avec des budgets super-réduits. Avec Vierge violée cherche étudiant révolté, nous sommes sur la même lancée: un tournage en quatre jours principalement sur un toit d'immeuble, une poignée d'acteurs, une bande-son prenante, une maîtrise de l'image formidable pour une histoire glauque et tourmentée. Le réalisateur de 'Taiji ga mitsuryô sus toki' [Quand l'embryon part braconner] a encore frappé.

L'intrigue du film est donc simple. Une jeune fille vierge, Poppo (Mimi Kozakura), est entraînée sur un toit et violée là par une bande de voyous. A distance, un autre jeune homme, Tsukio (Michio Akiyama), observe la scène.

Les violeurs partis, le temps passe et un dialogue se noue, heurté, incohérent, fantasmatique entre ces deux personnages blessés, traumatisés. La tentation du suicide, du meurtre, de l'amour, la chanson et poésie s'y mêlent.

Puis le soir arrive, et avec lui revient la bande du matin...

Le synopsis se place clairement dans la mythologie japonaise récurrente de ces couples d'adolescents perdus au destin tragique, la confrontation d'un monde pur et idéal avec celui bien réel et bien sale, celui du réel.

Les sentiments des jeunes sont exacerbés non seulement par leurs situations et sensibilités personnelles, mais aussi par la touche hyper-artistique et épurée de Kôji Wakamatsu.

GoGo1.jpgLes fantasmes et appréhensions de Poppo et Tsukio servent de base à des séquences pouvant être très indirectement reliées à la situation, mais qui font mouche par une série de procédés quelquefois peu subtils, mais toujours affirmés et utilisés avec une grande maîtrise. Les cadres ne sont jamais innocents, la musique omniprésente se base sur des classiques du jazz comme sur des comptines qui replongent le spectateur dans le monde pur d'où sortent les personnages.

gogo03.jpgWakamatsu n'hésite pas non plus à fourrer dans le noir et blanc des séquences colorées provocantes, des passages de bandes dessinées japonaises et même quelques photos du couple Tate-Polanski. Ce qui sera ailleurs considéré comme du mauvais goût se montre en fait en cohérence avec l'égarement et la détresse où sont plongés les jeunes héros, avec leur monde de tous les jours de la fin des années 60 aussi.

A l'instar de  Quand l'embryon part braconner, Vierge violée... est donc un film violent et noir, très noir, dont l'ambition est de faire partager à ses spectateurs les affres de ses héros. La déstabilisation habilement provoquée par Kôji Wakamatsu y parvient sans conteste. Du grand art.

 

Note: 15/20

 

Autre film de Kôji Wakamatsu chroniqué dans ce blog:

Taiji ga mitsuryô suru toki [Quand l'embryon part braconner] (1966)

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 17:34

WasteLand.jpgL'art des contemporains a ceci de fascinant qu'il tente de capter les réalités de notre temps sous des habits provocateurs et souvent déroutants. S'il ne pose pas question, s'il n'ouvre pas de nouveaux hoprizons, il retombera rapidement dans l'anonymat. S'il va trop loin, il sera ignoré, incompris, qualifié d'imposture (à tort ou à raison) et restera dans l'anonymat. Waste Land prend le pari de suivre un de ces artistes déjà reconnus, Vik Muniz, brésilien d'origine, devenu aujourd'hui une figure sur le marché de l'art New-Yorkais, et de nous faire suivre un de ses projets. Promesse risquée car sans résultat garanti, et donc un défi déjà passionnant à suivre dans son principe comme dans la progression de l'identification entre l'artiste et son oeuvre, que le sujet ici va transcender pour produire un documentaire exceptionnel d'humanité.

S'il est un fil conducteur dans les travaux de Vik Muniz, il réside dans l'utilisation de matériaux des plus divers et inattendus (sucre, chocolat, diamant, caviar, poussière) pour réaliser des oeuvres qui peuvent se référer à des classiques: la Joconde, la Scène...

Au début du documentaire, Muniz a une idée, un projet qui se dessine et qui concilie ses aspirations professionnelles (artistiques) et personnelles: retourner dans sa patrie, le Brésil, et construire quelque chose, il ne sait pas encore vraiment quoi, au milieu des bidonvilles, à partir des déchets qui s'entassent dans les gigantesques décharges non loin des villes brésiliennes - Rio en l'occurrence.

Dès New-York, si les ambitions de Vik comportent une dimension philanthropique volontiers mise en avant - l'oeuvre en question se fera avec et au bénéfice des habitants de la région -, les questions et les appréhensions se profilent aussi dans la préparation de l'aventure. La perspective de l'immersion de l'artiste dans un bidonville pendant éventuellement deux ans provoque l'inquiétude, palpable, de son entourage.

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L'arrivée sur place commence dans un choc, celui de la découverte d'une, sinon de la plus grande décharges à ciel ouvert du monde, Jardim Gramacho, qui reçoit quotidiennement une bonne part des ordures de Rio et de ses banlieues.

Un univers déjà fascinant cinématographiquement sur laquelle vit - ou plutôt vivote - une société bien structurée dont l'économie repose sur la récupération et le tri - manuel bien entendu - des déchets.

Au coeur et au plus bas niveau de la hiérarchie, ce sont les "catadores", qui passent leurs journées à attendre les camions et à farfouiller les montagnes de détritus pour en tirer des matériaux de toutes sortes qu'ils répartiront dans des tonneaux en plastique avant de les revendre au poids et pour trois sous à des entreprises de récupération.

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Avec les années, ce qu'il faut bien appeler un métier s'est développé, vaguement syndicalisé, et tente de porter haut la fierté de ne pas être tombé plus bas.

La rencontre de Muniz avec les catadores est fructueuse, et rapidement des liens se créent entre l'artiste et certains représentants de la corporation: le responsable du syndicat Tiao, deux jeunes femmes, un estropié, un vétéran, la cantinière de la troupe.

Parallèlement à l'élaboration de l'oeuvre de l'artiste s'opère une alchimie d'apprentissage et de séduction réciproque à travers laquelle sont mis en contact des mondes radicalement différents, traditionnellement opposés, que rien ne prédisposait à cette rencontre.

Waste2

Au-delà du suivi du travail technique de l'artiste, de la magie inhérente à la naissance d'une oeuvre, sujet initial relégué peu à peu en toile de fond, le documentaire prend alors sa véritable dimension.

L'art "inutile" est mis face à une économie de survie quotidienne, les bons sentiments faciles et les yakas face à une réalité et des difficultés insurmontables, les riches naïfs face aux pauvres les nez dans les ordures, le New-Yorkais qui se balade en jet face au catadore nu-pieds.

Et paradoxalement, les premières confrontations passées, le dialogue se noue, l'homme parle et échange réellement.

Waste5.jpg

Les tentations hagiographiques qui transparaissent dans certains passages, la naïveté philanthropique, les doutes de l'équipe de Muniz présentes dans les premières intentions ne sont pas esquivées, mais honnêtement affichées et discutées.

Les réactions des catadores ne sont pas non plus ignorées. Ainsi, un des modèles, face à l'oeuvre qui la représente, ne voit d'abord que le gâchis de matériel récupérable qu'il a fallu pour la réaliser...

Autre grand moment d'intelligence et de mise en perspective philosophique, la question du retour des modèles à leur vie des catadores alors qu'ils ont déjà eu un aperçu d'un monde de vie facile, la perspective d'éveiller chez eux des rêves impossibles et donc de cruelles frustrations est débattue, l'artiste confronté à ses responsabilités, des décisions prises et assumées.

Lucy Walker, qui réalise le documentaire, développe habilement la mise en abyme constante de Muniz en suivant la construction des oeuvres à l'aide d'images magnifiques picturalement et humainement, de la décharge jusqu'au musée, pour construire sa propre oeuvre qui n'aura pas grand'chose à envier à celle de son sujet d'étude.

Les réponses aux dilemnes soulevés ne sont pas faciles, la vision transmise n'est ni blanche ni noire, mais la rencontre est indéniablement fructueuse des points de vue humains, spiruels - et artistiques.

Encore un film dont on ressort avec le sentiment d'être plus riche que quand on y était entré.

 

Note: 14,5/20

 

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 17:31

DasExperiment.jpgAoût 1971, université de Stanford. Le professeur de psychologie Zimbardo débute une expérience qui doit durer deux semaines. Son objet, c'est mettre une vingtaine d'individus "en situation" de détenus ou de gardiens dans une prison factice, et d'observer l'évolution du groupe. Les sujets prennent leurs rôles un peu trop au sérieux et l'expérience dégénérant doit être arrêtée après seulement 6 jours. Oliver Hirschbiegel, dans Das Experiment, dramatise cette histoire dans l'Allemagne des années 2000 et en suit le déroulement à quelques détails prêts - basés sur le roman Black Box de Mario Giordano. Comme Die Welle [La vague] - qui lui est postérieur - le film se veut donc à la fois thriller et leçon sur la nature humaine en décrivant la bête qui sommeille en chacun de nous. Dans son contexte, il déboule aussi dans la controverse sur les dangers, illusoires ou non, de la télé-réalité, alors en plein démarrage. Un film d'action et donc également un document sur l'état de la réflexion sur la nature de l'homme au début des années 2000, qui sera repris en 2010 pour un remake américain, The Experiment*.

De nos jours. Tarek Fahd (Moritz Bleibtreu) est taxi dans une ville Allemande. Attiré par une petite annonce promettant un salaire confortable pour participer à une expérience de deux semaines, il se rend à l'université pour joindre un groupe composé d'une vingtaine d'hommes volontaires de profils communs.

Après une batterie de tests psychologiques, ceux-ci sont divisés en deux groupes: huit d'entre eux joueront pendant deux semaines le rôle de gardiens d'une prison factice installée dans les sous-sols de l'université, les douze autres seront leurs prisonniers.

Le professeur Thon (Edgar Seldge), à la tête de l'opération, leur donne des règles simples que les gardiens seront supposés faire respecter et ne pas transgresser: pas de violence et respect d'un certain nombre de consignes a priori peu contraignantes.

Exper3.jpg

Tarek, avant de devenir le détenu 77,  contacte en fait secrètement un journal auprès duquel il s'engage à servir de reporter pendant l'expérience.

Des tuniques sont fournies aux détenus, des uniformes, tonfas, sifflets et menottes pour les gardiens. L'expérience commence enfin, et comme on pouvait s'y attendre, dérape assez rapidement, portée par les personnalités "actives" de Tarek côté prisonniers et de Berus (Justus von Dohnanyi) côté gardien, sélectionnées en ce sens par le docteur Thon.

En quelques jours, la prison factice devient un enfer où tous les coups sont permis. Les drames s'enchaînent, inéluctables, à mesure que le personnel d'encadrement perd le contrôle.

La réalisation, propre, s'approche du style télévisuel qu'on trouve aujourd'hui dans les émissions de télé-réalité, sans les temps morts - ce qui d'ailleurs diminue la crédibilité du scénario sans en faciliter pour autant la lisibilité. Grands angles et musique efficace dramatisent l'action et accrochent le spectateur.

Exper2.jpg

Les décors sont soignés et esthétiques, à l'image de ceux de la prison modèle de Ghosts... of the Civil Dead.

Bref, les petits plats sont dans les grands et les moyens à la hauteur du sujet côté thriller et action.

Le film pêche de manière assez inattendue dans le développement non technique du sujet. Les personnalités sont cohérentes, mais les déclenchements des problèmes ne sont pas amenés ou conclus proprement.

Par exemple, un des prisonniers, le numéro 38 - joué par Chritian Berkel (Walkyrie, Inglorious Basterds, Black Book, Der Untergang [La chute]) -,  laisse entendre qu'il est envoyé là par l'armée. L'idée est intéressante, un peu utilisée par la suite mais pas développée ou expliquée. Idem pour beaucoup d'autres acteurs de l'intrigue. Dommage.

Les psychologues sont vus comme peu sérieux, les buts de l'expérience restent flous. Sans explication des actions des uns et des autres, le synopsis devient peu plausible.

La fin de Das Experiment sombre ainsi dans une confusion où les personnages se croisent et se recroisent pour aboutir à des conclusions des trajets des uns et des autres qui ne sont pas toujours claires. Intéressant dans l'optique de plonger le spectateur dans le même état d'incertitude que les acteurs, mais peu satisfaisant pour le film globalement.

Exper1.jpg

Reste l'analyse psychologique et humaine du déroulement de l'expérience, assez proche - au moins dans l'idée - des résultats de l'expérience de 1971, mais dont les détails se perdent à cause du flou des personnages.

La morale d'ensemble est néanmoins claire: l'homme est un loup pour l'homme, et la moindre opportunité de profiter d'un pouvoir, aussi minime soit-elle, conduit naturellement à des dérapages qui peuvent s'avérer dramatiques. Le personnel d'Abhu Graib aurait pu en tirer d'utiles leçons...

L'utilisation des punitions collectives et les dérapages des autorités rappellent nombre de films sur les camps et inscrivent sans grande surprise Das Experiment dans la lignée des films allemands à tendance auto-flagellatrice.

Quant à la critique de la télé-réalité, elle se trouve renforcée par le rôle de journaliste du personnage principal, mais reste en filigrane. Les caméras utilisées par le personnel scientifique mettent le spectateur en position de voyeur tout en restant inutiles dans la prévention des dérapages.

La critique est peut-être concentrée là, mais laisse un goût d'inachevé. Comme le reste...

 

* Chronique à venir

 

Note: 11,5/20

 

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 17:15

Stripes4.jpgA l'époque où Bill Murray n'était pas encore un acteur "sérieux", il oeuvrait comme clown de service des Saturday Night Live américains, avec Ivan Reitman en fidèle réalisateur associé. Après avoir traité les camps de vacances dans Meatballs (en français Arrête de ramer, t'es sur le sable - bien sûr) et les clubs de golf avec Caddyshack (sans Reitman mais avec Ramis, un de ses acolytes), et avant de s'attaquer à la chasse au fantômes dans Ghostbusters [SOS fantômes] - qui reste à ce jour l'une de leurs meilleurs réalisations -, cette fine équipe s'était attaquée à l'armée avec Stripes, qu'on pourrait comparer, pays pour pays, aux Bidasses en folie (1971) de Zidi ou à Mais où est donc passée la septième compagnie? (1973) de Lamoureux. Comparaison sociologique s'entend, parce que pour ce qui est de la qualité, avouons sans ambage que les américains - peut-être sur la base de ces expériences françaises, allez pourquoi pas, plus probablement parce que la guerre du Vietnam aura empêché ou posé des problèmes politiques à ce genre dans les années 70 - y atteignent une maîtrise supérieure, précurseur des Police Academy de la grande époque.

Le film de bidasse suit souvent un schéma prédéterminé et déjà bien balisé, et tout américain soit-il, Stripes n'y fait pas exception.

Une bande de citoyens que rien ne prédestinait à l'armée, sinon le désoeuvrement, le destin ou d'autres paramètres tous plus loufoques les uns que les autres se retrouvent après quelques scènes d'exposition sous la tutelle tyrannique d'un sergent abruti, ici le sergent Hulka (Warren Oates), lui-même aux ordres d'un officier incapable, modèle du fils à papa obséquieux et pantouflard, le capitaine Stillman (John Larroquette) en l'occurrence.

Parmi ces aventuriers des temps modernes, un psychopathe, un noir, un gros, un - voire plusieurs - abrutis, un fumeur de marijuana, et le héros de l'aventure, intelligent mais complètement fumiste, ici John (Bill Murray, qui reprend son personnage-"clown" habituel), sans oublier l'un de ses potes faire-valoir, Russell (on y reconnaît Harold Ramis, réalisateur de Caddyshack)

Stripes1.JPGS'ensuit une période d'entraînement, prétexte à une série de gags éculés - parcours du combattant, flirts avec de jolies soldates (ici, P.J. Soles qu'on aura déjà vue dans Private Benjamin, et Sean Young, la future Rachael de Blade Runner et la Susan de l'excellentissime No Way Out [Sens unique]). L'enchaînement se clôt par la reconnaissance imprévue et inespérée du peloton d'incapables, et plus spécifiquement du fumiste en chef, par la haute hiérarchie. Par l'humiliation du sergent et de l'officier veule au passage.

Enfin, en troisième et dernier volet (le format standard des films de l'époque n'est que d'une centaine de minutes), une mini-épopée donne l'occasion aux apprentis soldats de prouver qu'ils peuvent faire aussi bien que les "vrais".

Bref, la recette est éprouvée, et  son intérêt réside plus dans ses variations et déviations par rapport à un modèle attendu que dans l'exécution d'un plan devenu exercice de style.

Pour Stripes, Ivan Reitman dispose d'atouts le plaçant déjà en position d'aboutir à un résultat au-dessus de la moyenne.

Stripes2.jpgLe principal, c'est bien entendu Murray, au coeur de toutes les scènes. Par sa présence et ses discours loufoques débités sur le ton le plus sérieux, il captive l'audience sur des scènes qu'on pensait jouées d'avance.

Ainsi l'exercice imposé du "discours patriote énoncé par l'imposteur le plus flagrant de la troupe" (Murray évidemment) dépasse-t-il de loin le standard du style. L'intelligence percutante du dialogue, la sincérité de l'acteur prennent à contre-pied le nationalisme le plus attendu, et aboutissent à un discours des plus efficaces parce que désopilant et profondément juste quand il est adressé à cette bande de bras cassés.

Autre atout, les scènes les plus longues. Le film y trouve l'opportunité de se départir du simple enchaînement de sketches et la chance de s'envoler dans des délires salvateurs: scène de bagarre en boîte de nuit, expédition en Tchécoslovaquie (eh oui, à l'époque on est en pleine guerre froide)

Stripes3.jpgEt là, le gant est relevé sans problème. Stripes y trouve la chance de dépasser ses homologues de cent coudées en allant au bout de l'absurdité et de la bêtise des "autorités compétentes", qui reste le meilleur atout pour faire rire.

Bien sûr, l'exercice aura dû passer par les canons du genre, et y aura perdu de sa fougue originelle.

Il faudra attendre Ghostbusters - là pas de standard imposé, le sujet sera trop absurde pour que le public soit déboussolé s'il n'y retrouve pas ses marques - pour voir le problème surmonté, les barrières démontées.

Stripes n'atteint pas ce niveau, mais établit efficacement une base solide qui en fait encore aujourd'hui la référence américaine du film  comique troupier. Une valeur sûre donc, mais à réserver aux soirées qu'on aura voulues sans prise de tête.

 

Note: 12/20

 

 

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 17:05

Samaria.jpg

La prostitution des adolescents est un sujet difficile. Souvent assimilée au trafic d'enfants, elle finit fréquemment traitée sous l'angle du maniaque ou du pédophile, assortie de considérations moralistes ou apitoyantes plus ou moins sincères assises sur des images racoleuses. Ki-duk Kim (Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom [Printemps, été, automne, hiver... et printemps])  s'empare de ce thème avec le détachement qui le caractérise dans Samaria, original thriller psychologique aux mille et une facettes, loin de toute idée reçue, loin aussi de tout ce que vous aurez pu voir sur le sujet.

Samaria est structuré en trois parties.

Dans la première, Vasumitra, deux lycéennes, Jae-yeong (Yea-reum Han) et Yeo-jin (Ji-min Kwak), ont un but dans la vie, se rendre en Europe, et donc s'acheter deux billets d'avion. Pour y arriver, elles ont un arrangement original: Jae-yeong se prostitue auprès d'hommes auprès desquels Yeo-jin sert d'intermédiaire, les contactant par internet, téléphone, mettant au point les rendez-vous et surveillant l'endroit où se passe la rencontre.

Les attitudes des deux jeunes filles, par ailleurs les meilleures amies du monde, vis-à-vis de cette "occupation", sont radicalement opposées. Jae-yeong, lumineuse, candide, aime ce qu'elle fait et s'identifie à Vasumitra, prostituée de légende dont les rapports transformaient les clients en bouddhistes modèles. Elle ne voit que la bonté dans l'apport d'affection à ses clients. Yeo-jin, elle, plus sombre, trouve ces hommes répugnants et ne cache pas le dégoût - et probablement la jalousie - qu'ils lui inspirent.

Samaria5.jpgLes rencontres s'enchaînent jusqu'au jour où la police coince Jae-yong qui choisit de se défenestrer avec un visage illuminé, ravi.

Dans la deuxième partie du film (intitulée Samaria), Yeo-jin, livrée à elle-même, décide de revoir tous les clients de Jae-yong et de les rembourser (!) Ce faisant, elle prend la place de Yeo-jin auprès d'eux, une manière de la garder dans ses souvenirs et de découvrir ce qu'elle refusait jusqu'alors, ce don de soi qui était devenu la vie de son amie. Elle évolue ainsi pour se rapprocher mentalement de son amie, et gagne de cette aura de bonheur qui se dégageait d'elle.

Le père de Yo-jin, un policier veuf qui régale chaque jour sa fille d'histoires religieuses - chrétiennes - édifiantes, découvre par hasard ces rencontres, et alors rien ne va plus...

Dans la troisième partie, Sonata, le père et sa fille tente de se retrouver au-delà des drames et de leurs différences.

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Comme on peut le voir, le scénario de Samaria peut être jugé absurde, mais surtout très choquant. Le réalisateur aborde la psychologie de chaque personnage avec un réalisme et une ouverture d'esprit qui condamne dès le départ le politiquement correct: pas d'image d'épinal chez Ki-duk Kim.

Comment présenter un personnage qui considère que se prostituer ou avoir des relations sexuelles est un acte de bonté qui contribue à faire le bien? Car c'est cette logique que suit Jae-yong et que découvre Yeo-jin.

On pourrait interpréter l'histoire comme une tentative de légitimer cette prostitution naïve et pure, il n'en est rien.

Cette façon de voir les choses n'est en effet pas du tout l'optique initiale des clients, pourtant quelquefois émus  par la "grâce" de la samaritaine.

Samaria4.jpgKi-duk Kim élargit considérablement la réflexion grâce à l'introduction du personnage du père, avec lequel arrivent la société avec sa réalité, ses prédateurs, ses jugements sur les autres et sur soi.

L'innocence réelle et contagieuse des adolescentes - qui fait sans doute une grande part de leur charme - est alors placée face aux adultes qui jugent et détruisent par leur regard même. La connaissance fait s'écrouler le jardin d'Eden.

Des scènes particulièrement fortes déclinent l'impact d'une vision objective et insupportable provoquée par le père. Les clients se trouvent alors cruellement mis à nu devant leurs actions dans un monde qui n'est plus l'univers candide où ils rencontraient leur samaritaine, mais celui, implacable, d'une société avec ses normes, sa morale, ses tabous.

Le personnage de ce père pieux et droit n'est pas le moins intéressant quand il se trouve confronté au bafouement de ses valeurs les plus profondes par sa fille. A quoi, à qui doit-il s'en prendre? A elle? A lui? A ses clients? La dernière proposition est bien entendu la plus facile, mais ne l'est-elle pas trop?

Samaria1.jpgQuand à la troisième partie, c'est la cerise sur le gâteau. Elle conclue l'histoire, développe les affres des uns et des autres et tente une difficile et improbable réconciliation familiale dans un final saisissant. Car selon Ki-duk Kim, la difficulté de communication inter-générationnelle, omniprésente en filigrane, est l'une des clés du "problème", qui de ce fait s'annonce comme incontournable.

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Le ton colle à ce que l'on connait maintenant du cinéma coréen. Le réalisateur  n'hésite donc pas devant la violence physique comme mentale et le gore. Par contre, il évite intelligemment (et contrairement à ce que laissent supposer certaines affiches du film) les scènes de sexe qui auraient fait sombrer le film dans le glauque et le racoleur.

La bande-son bien assortie comprend des remakes de musiques occidentales connues, "à l'asiatique".

Tourné en une dizaine de jours (un exploit pour un film de plus de 95 minutes, un miracle pour un film de cette qualité), Samaria est donc un film de plus de Ki-duk Kim à ne pas manquer!

 

Note: 14/20

 

 

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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 17:17

Los-Olvidados.jpgUn film peut entrer dans la catégorie des "inoubliables" pour une scène, un instant, un regard. Los olvidados, en moins d'une heure trente, en fournit dix, cent fois l'opportunité. Considéré comme l'un des plus grands - sinon le plus grand - chef-d'oeuvres de Luis Bunuel, il demeure, malgré une volonté affichée de coller à un réalisme social dans l'air du temps, et soixante ans après sa sortie, un concentré d'images, de dialogues et de sons d'où jaillit la poésie et les émotions contradictoires si caractéristiques de ce surdoué de cinéma. Un film passé référence et devant lequel pâlissent sur bien des points d'excellentes oeuvres plus récentes sur le même thème - Pixote ou Citade de Deus [La cité de Dieu] par exemple.

Une banlieue pauvre de Mexico City.

Lorsqu'El Jaibo (Roberto Cobo) s'évade de prison, il retourne aussitôt à sa bande de gamins désoeuvrés avec deux idées en tête: se venger de Julian (Javier Amuezca), celui qui l'a, pense-t-il, dénoncé, et devenir grâce à sa fine équipe un caïd de quartier.

Grâce à sa volonté et à un ascendant certain obtenu par la prison et son âge, il entraîne donc ses petits camarades, dont le jeune Pedro (Alfonso Mejia), sur la piste d'exploits glorieux: dévaliser un cul-de-jatte, détrousser un vieil aveugle... Quand à Julian, un guet-apens improvisé permet à El Jaïbo d'assouvir sa vengeance et de le tuer plus ou moins par erreur avec la complicité involontaire de Pedro.

Les itinéraires d'El Jaibo, Pedro, d'Ojitos ("petits yeux", joué par Mario Ramirez), petit paysan abandonné par son père au marché se poursuivent ainsi sur fond d'une pauvreté criante, de familles désagrégées et d'aventures plus désespérantes les unes que les autres.

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La tentation serait forte de présenter Los Olvidados comme un réquisitoire néo-réaliste implacable présentant la pauvreté comme cause de tous les maux de la société humaine - le film est d'ailleurs introduit sur cette idée, qui coïncide parfaitement avec le contexte politique où évoluait le cinéma non-américain des années d'après-guerre, italien notamment.

L'oeuvre va en fait beaucoup plus loin que cette interprétation simpliste de la société grâce à l'inventivité inépuisable de Bunuel, qui déborde rapidement la vision moraliste et politique pour dresser un paysage contrasté, riche en rêves et en images fortes et originales.

La mise en scène, épurée, est rendue propice à un symbolisme dévastateur. Le réalisateur exploite ainsi des associations d'images mentales troublantes pour obtenir une puissance d'impact terriblement efficace, jusque dans la mise en exergue des contradictions internes des acteurs.

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Les remords et espoirs de Pedro, les pulsions criminelles - et autres - d'El Jaibo, les émotions d'Ojitos comme du reste des personnages, portés par la maîtrise de Bunuel, aboutissent à des scènes plus intenses et mémorables les unes que les autres, par leurs images comme par leurs dialogues.

Chacune d'entre elles mériterait une étude approfondie, mais retenons-en quelques-unes où l'on retrouve certaines obsessions du cinéaste - utilisation d'animaux, érotisme naïf - : l'attaque du cul-de-jatte par la bande de gamins, la superposition d'une séduction d'El Jaibo avec le passage d'une troupe de chiens déguisés, la tentative de détournement de Pedro par un pédophile devant un magasin de bonbons - traitée sans dialogue -, sa jeune soeur qui s'oint les jambes de lait d'ânesse.

Le rêve de Pedro poursuivi par sa conscience, autre exemple devenu cas d'école (voir vidéo plus bas), cumule poésie et violence dans un climat onirique basé sur des ralentis, séquences superposées, sons utilisés en décalage avec les images qui s'y rapportent. Un talent technique qui n'est pas mis à profit gratuitement mais colle le spectateur aux états d'âmes du gamin.

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Aucun des personnages ne sort indemne de cette aventure. Lâches, avides, voleurs, violents... tous perdent une part d'eux-mêmes, et les victimes aussi peuvent se transformer en bourreaux. Pourtant, la tendresse de Bunuel - et donc du spectateur entraîné - est là, tangible, y compris pour les plus abominables.

La fin arrive comme un aboutissement choquant - même 60 ans plus tard - mais vraisemblable, et complète magistralement le film.

Une autre version de cette fin, commerciale, a été découverte et publiée beaucoup  plus tard mais diminue considérablement l'impact de l'oeuvre originale.

Mieux vaut donc l'ignorer et rester dans la version voulue par Bunuel.

 

Note: 19/20

 

 

 

 

Le rêve de Pedro:

 

 

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 17:02

SuckerPunch1.jpgZack Snyder restait jusqu'ici l'homme des remakes et adaptations réussis (Dawn of the Dead [L'armée des morts], Watchmen) ou ratés (300), mais jusqu'ici n'avait pas mis la main à la pâte scénaristique. C'est aujourd'hui chose faite avec sa dernière réalisation, Sucker Punch, mélange original et très travaillé de plusieurs tendances du cinéma pour ados actuel: jeux vidéos, effets spéciaux à outrance, bande dessinée tendance manga, univers fantastiques et clippesques (?), jeunes filles en mini-jupes et bas résille. Bref un melting pot qui a tout pour cliver l'audience en deux camps bien distincts, ceux qui détesteront, et ceux qui adoreront. Ceux qui sont dans la cible, et ceux qui n'y sont pas.

L'introduction part sur les chapeaux de roue, et laisse augurer d'un film prenant et magistral, une oeuvre d'art dans la lignée sombre et gothique des visuels de Tim Burton et de Sin City.

Baby Doll (Emmy Browning) vient de perdre sa mère, et se retrouve pour son malheur avec sa petite soeur sous le contrôle d'un beau-père (Gerard Plunkett) qui ne va pas tarder à leur faire leur affaire. La jeune fille tente de se rebeller, mais l'homme la fait arrêter et interner dans un hôpital psychiatrique où il soudoie le chef des gardes, Blue Jones (Oscar Isaac), qui promet qu' elle sera lobotomisée cinq jours plus tard.

Le passage accroche bien, l'esthétique y est poussée et raffinée, construite comme un clip sur fond d'une lancinante reprise de Sweet Dreams (are made of this) - l'hôpital a d'ailleurs été opportunément baptisé Lennox House -, les personnages sont bien plantés en quelques images efficaces. Si ça continue comme ça, Sucker Punch sera un régal.

Baby a donc cinq jours à vivre dans cet univers glauque avant d'être transformée en légume. Alors elle rêve, elle imagine, et elle tente - songe ou réalité? - de s'échapper.

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Première étape, elle transforme le sinistre hôpital en maison close / cabaret dont Blue est le tenancier et le docteur Gorski (Carla Gugino, remarquée dans Watchmen et Sin City) la mère maquerelle.

Ensuite, ses camarades d'infortune, autres post-adolescentes enfermées qu'elle va convaincre de se joindre à sa tentative d'évasion, deviennent dans son esprit de jeunes prostituées dont les nom de guerre évoquent autant des danseuses de bars à strip-tease que des héroïnes de bandes dessinées et / ou de jeux vidéos: Sweet Pea (Abbie Cornish), sa soeur Rocket (Jena Malone), la brune Blondie (Vanessa Hudgens, la star des High School Musical) et l'asiatique Amber (Jamie Chung)

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Choix de noms judicieux s'il en est, puisque dorénavant et jusqu'au dénouement, pour ce qui est du côté strip-tease, toutes ces jeunes "eye candies" seront affublées de tenues plus ou moins légères propices à tous les fantasmes - la gent masculine ne pourra qu'apprécier - et que côté jeux vidéos, l'intrigue se résumera à recueillir pièce après pièce les cinq objets qui permettront à la petite troupe de s'enfuir de leur prison devenue somptueux claque des années folles.

Récupérer chacun de ces objets, c'est se lancer à chaque fois dans une nouvelle mini-quête avec son univers propre, fantastique et chatoyant, mission dans laquelle s'illustrent les cinq drôles de dames conduites par un mystérieux Charlie, joué par Scott Glenn en l'occurence. Structure bien connue qui s'intégre dans les gènes même des geeks accoutumés à la résolution d'énigmes à la Final Fantasy et consort, et donc dans le b-a ba scénaristique, mais se révèle d'une triste indigence quand elle sert de seul fil conducteur sur 1h30 de film.

Sucker9.jpgBien sûr, on ne peut qu'applaudir aux exploits techniques de la ribambelle d'"artistes digitaux" capables de rendre réels ces mondes fantasmagoriques: zeppelins, biplans, triplans, samouraïs monstrueux aux yeux de feu, cathédrales en ruines, robots, dragons, orques et assimilés... un vrai bestiaire de l'anticipation et de l'héroïc fantasy qui prend vie.

La musique d'accompagnement très rock tranforme heureusement nombre de scènes et de missions en clips sur des reprises d'airs devenus mythiques (outre Sweet Dreams..., on remarquera aussi White Rabbit,  Björk, Queen)

Mais si tous les trucages, cascades, images, bref le côté technique est une grande réussite, celle-ci reste au service d'un scénario dont elle n'arrive pas à combler l'indigence, et finit a contrario par submerger les quelques reliefs qu'on aurait pu y dénicher. Tout ça pour ça?

Sucker5.jpgNon, le prétexte des belles images et du grand spectacle n'interdit pas la profondeur du scénario. Snyder était déjà tombé dans le piège avec  300, il y replonge ici avec une maestria déconcertante.

Dommage.

 

Note: 11/20

 

 

 

Je ne résiste tout de même pas à ajouter les affiches des principaux personnages du film... 

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Autres films de Zack Snyder chroniqués dans ce blog:

Dawn of the Dead (2004)

300  (2007)


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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 19:46

EquationOfLoveAndDeath

Le thriller romantique est un genre peu exploré par le cinéma occidental de nos genre. Il fleurit néanmoins en Asie, où il n'est pas rare de voir des films - Chungking Express de Wong Kar-Wai en est un bon exemple - cumulant suspense, mystère et histoire d'un ou de plusieurs amours désespérés. Li Mi de Caixang [The Equation of Love and Death - L'équation de l'amour et de la mort]), venu de Chine, se place dans cette lignée. Troisième réalisation de Cao Baoping*, appuyé sur une solide distribution, il mêle avec force coups du hasard les trajets amoureux de ses personnages et une intrigue policière somme toute assez banale, mais dévoilée avec habileté, morceau par morceau, tout au long du film.

Li Mi (Xun Zhou, actrice de renom international - Xia cai feng [Balzac et la petite tailleuse chinoise] par exemple) est seule depuis quatre ans, depuis que son compagnon Fang Wen (Chao Deng, un des premiers rôles de  Ji jie hao [Héros de guerre/ Assembly]) a disparu sans laisser d'autre trace qu'un flot de lettres aujourd'hui tari. Depuis quatre ans, elle fait donc le taxi à travers la ville en se récitant ses lettres et en montrant à ses clients des photos de Wen, dans l'espoir d'un indice qui lui permettrait sinon de le trouver, au moins d'en avoir quelque nouvelle. Sans succès.

Ses derniers clients sont deux paysans (parmi lesquels Shui-Tian, joué par Baoqiang Wang, remarqué dans Ji Jie Hao, mais aussi dans l'excellent Mang jing [Blind Shaft], où il incarne un personnage simplet dans la même corde que celui-ci) un peu perdus. Ceux-ci sont sur le chemin d'un mystérieux rendez-vous qui se termine mal, et ne trouvent alors pas d'autre solution que d'enlever Li Mi, qui n'y est pour rien, dans l'espoir d'en tirer de l'argent.Equation4.jpg

Dificile d'en dire plus sans diminuer l'attrait du film, sinon que Hanyu Zhang (le capitaine de Ji jie hao) y joue le rôle d'un officier de police.

Autour de Li Mi, qui reste au coeur de l'action, gravitent donc tous les personnages du film sur deux dimensions étroitement entrelacées: leurs relations amoureuses, et l'intrigue policière.

La direction de Cao Baoping, minutieuse, éclaire parfaitement les états d'âme des uns et des autres, et choisit avec pertinence de placer l'aspect romantique au centre des projecteurs, laissant une histoire policière peu originale au final envelopper le tout.

Les images, superbes, sont signées du directeur artistique de Man cheng jin dai juang jin jia [La cité interdite] (le film de 2006)

Equation3.jpgLes acteurs développent un jeu réaliste et émouvant, encore une preuve, s'il en était besoin, que le cinéma chinois "intérieur" actuel a rejoint en qualité les production made in Hong-Kong et ne se réduit plus aux somptueuses cascades et effets spaciaux des films historiques et d'arts martiaux. Il est aujourd'hui en position d'aborder avec succcès les marchés américains et européens.

Le principal défaut - car il y en a un - de Li Mi de caixang réside dans les acrobaties scénaristiques qui rendent l'intrigue dépendante de coïncidences peu plausibles. Cao Baoping aurait pu assumer et exploiter cet axe en faisant du destin une présence magique, voire un personnage à part entière, et en profiter pour "boucler la boucle" de toutes les intrigues (celle de Shui-Tian par exemple), il a choisi de se concentrer sur l'histoire de Li Mi et de laisser certains fils en suspens, ce qui diminue encore la crédibilité du parcours trop net de l'héroïne.

Mais ne soyons pas trop difficile: la qualité de The Equation of Love and Death reste au-dessus de bien des productions européennes actuelles, et séduira les amateurs de la première période des films de Wong Kar-Wai par exemple.

 

* autres films: Absolute Emotion (2001) - en co-réalisation - et Trouble Makers (2006)

 

Note: 13,5/20

 

 


 
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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 17:58

DannyTheDog1

Danny était un gentil petit garçon, c'est maintenant un chien méchant. Pourra-t-il regoûter l'innocence? Voilà l'idée originale développée dans Danny the Dog* cuvée 2005 de chez EuropaCorp, la société de production bessonienne. Une tête d'affiche exceptionnelle (Jet Li, Morgan Freeman), une intrigue traitée  dans le style qu'affectionne le réalisateur du grand bleu. Nouveau conte de fée des temps modernes? Mmmouais...

Comme dans la plupart des productions Besson, le scénario - de lui - repose sur une idée choc et originale, un homme élevé, traité et donc devenu terrible chien de combat, au service corps et âme d'un magnat de la pègre.

Jet Li est donc Danny, recueilli petit  garçon et transformé en machine de guerre par son "oncle" Bart (Bob Hoskins) Danny ne pense rien, ne ressent rien. Il vit dans une cage, avec pour seuls compagnons un nounours et un livre d'enfant. Activé seulement quand on lui retire son collier, il devient alors un tueur redoutable qui tape, étrangle, casse, broie les adversaires que Bart lui désigne.

La vie de Dannny aurait pu continuer sur cette lancée s'il n'avait croisé la route de Sam (Morgan Freeman), accordeur de piano aveugle et de sa fille de 18 ans Victoria (Kerry Condon - Rome,  The Last Station -, ici dans le rôle complètement improbable d'une jeune fille de 18 ans - on lui a rajouté des bagues aux dents tellement c'était peu crédible) Une rencontre qui va réveiller les souvenirs enfouis de Danny, et des sentiments peu compatibles avec son existence de chien de combat.

Besson nous avait fait la jolie jeune femme transformée en exécuteur-agent secret (Nikita), la petite fille et le nettoyeur (Leon), voici donc dans cette lignée l'homme-chien de guerre-petit garçon dans sa tête.

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Idée donc inédite dans ses détails mais qui rejoint les thèmes apparemment chers à Besson, mènant à la confrontation d'une violence extrême avec un sentimentalisme, une naïveté, une innocence exacerbés.

Le contraste, toujours efficace, est exploité avec les remèdes habituels et clinquants, même si le réalisateur n'est pas Besson mais Louis Leterrier, l'homme des Transporteur et du dernier Clash of the Titans.

Chaque scène est ainsi alimentée de personnages dépourvus de toute ambigüité, et donc de profondeur. Ils sont soit bons soit mauvais. Pas d'entre-deux, même pour le héros, posé en victime quand il plonge dans la violence. Quel intérêt pour des acteurs aussi expérimentés que Morgan Freeman ou Jet Li de se plonger dans des personnages aussi linéaires et simplistes? Mystère.

Danny2

Le symbolisme de la lutte entre paix et violence, bien et mal s'appuie sur des effets qui forcent encore le trait du manichéisme bessonien s'il en était besoin.

Grand-angle récurrent, climat calqué sur les tourments de Danny (tout va bien: il fait beau, tout va mal: c'est l'orage), combats d'une violence extrême: le spectateur a droit à toute la batterie habituelle, techniquement remarquable, utilisée à la perfection, mais manquant cruellement de subtilité. Toute la poésie qui aurait pu sourdre des rapports entre Danny et sa nouvelle famille adoptive sombre dans le gnangnan, écrasée par les gros sabots de la réalisation.

Dommage, le même sujet traité par un Chan-Wook Park ou un Joon-ho Bong aurait pu donner un chef-d'oeuvre.

 

* autre titre du film: Unleashed


Note: 10/20

 


 
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