Un film de Visconti, c’est souvent l’histoire d’un trois mât, toutes voiles dehors, brillant de ses mille feux, qui file vers le chantier naval pour l’équarrissage. Les lignes sont magnifiques, les cuivres astiqués pour la parade, les matelots impeccables dans leur petit uniforme à pompon. Le commandant se tient à la barre en grand uniforme, tandis que le bruit, puis l’ombre des broyeuses grignotent peu à peu le paysage.
Ici, le navire, c’est la vieille Allemagne, celle de Guillaume, des von, de Wagner. Les chantiers
navals, c’est le troisième Reich, qui s’installe en écrasant tout sur son passage, ses propres séides compris.
Les personnages tentent de se débattre, d’exister, de s’accomplir, mais hors du régime point de salut. Ils ne réussissent qu’à sursauter occasionnellement dans l’anecdote, avant de s’engluer toujours plus profond dans la boue. Leurs rêves meurent les uns après les autres, pour ne laisser place qu’à leurs cauchemars. Ou au vide.
Le spectateur partage la pénibilité de leur destin : le rythme est lent, l’espoir insufflé insignifiant.
Sur le plan des symboles, le message de Visconti sur cette période est une sévère mise en garde.
Le nazisme est un monstrueux produit dérivé de l’industrialisation, une concrétisation extrême de la mise au pas de l’individu par la société, comme le soulignent les plans de fonderie qui encadrent la démonstration. Seul le plus fidèle des rouages de la machine, celui qui ignore ses appétits personnels (le SS, dans le film), pourra-t-il survivre – et ceci ne sera possible qu’en mettant en exergue ses côtés les plus sombres.
Même le SA, pourtant un des plus efficaces serviteurs de la machine infernale, mais encore souillé de reliquats d’humanité, doit disparaître. Et comme ceux qu’il a anéanti un peu plus tôt, le premier des constructeurs du système sera vite rattrapé par plus froid, plus efficace, plus abominable que lui.
Les images sont belles, les couleurs somptueuses, les symboles forts, cette période interpellante sur la nature humaine. Et même si la lecture n’est pas optimiste, on se laisse aller à suivre avec fascination le destin malheureux de ces pions égarés dans les boyaux de l’Histoire.
Alors, si vous avez assez de ventre pour vouloir suivre la lente agonie d’une mouche qui se débat, emmaillotée dans la toile, tandis que l’araignée s'approche pour la curée, ne boudez pas votre plaisir : et regardez, vous, ce film.
Et pourtant, Jared Hess, réalisateur de ce film, aura réussi la conquête d’une bonne partie du public américain en narrant ses aventures.
La tradition du film pour adolescents américains est pourtant que l’obscur raté du début du film trouvera son salut en une transformation salutaire grâce au héros, d’habitude quelqu’un de plutôt ordinaire, souvent un nouveau venu au lycée, qui est le centre de l’histoire (Grease par exemple).
Jason Reitman, le fils d’Ivan Reitman (l’homme de « Ghostbusters »), pour son premier long métrage, « Thank you for smoking », s’intéresse aux péripéties d’un des membres de cette congrégation, porte-parole d’un des puissants lobbies du tabac aux Etats-Unis.
rapidement qu’il n’est qu’un des multiples reflets d’une société devenue à tous égards sans scrupules. Tous ceux qu’il côtoie, en effet, ne valent pas beaucoup mieux que lui, et l’utilisent avec un cynisme égal, sinon supérieur au sien.
Une histoire qui peut donner le pire des téléfilms du soir, mais qui, traitée par David Jacobson, et alimentée par le talent de ses acteurs, nous fournit un thriller romantique intéressant par la vision de la société contemporaine qu’il propose.
Harlan est un charmant et profond gamin écervelé, plein de bonne volonté et de bonnes intentions ; dont l’enfer, comme chacun le sait, est pavé.
