Vendredi 3 août 2007
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Les séries sont pour la plupart des chaînes de télévision généralistes leur vitrine. Censées concurrencer les films cinéma et les téléfilms qui n’offrent qu’une aventure ponctuelle, elles
fidélisent une audience sur un créneau horaire tout en lui offrant un spectacle éventuellement comparable en terme de qualité.
La mode télévisuelle est,
depuis quelques années, et notamment la montée de HBO aux Etats-Unis avec ‘Sex and the City’ dans une moindre mesure, puis les ‘Sopranos’, rejointe par ABC avec ‘Alias’ et Fox avec ‘24’ (on se
souvient également de ‘X-Files’ sur le même modèle dans les années 90), aux séries où l’intrigue se développe sur une saison (souvent équivalente à un semestre), à doses élevées de suspense et de
mystère, et reposant sur des codes et des conventions d’un genre bien déterminé (espionnage, fantastique, policier...)
Chaque réseau TV digne de ce nom en lance au moins une par an, qui sera son image pour l’année à venir, et ne lésine donc plus sur les moyens qui assureront leur succès. Si celui-ci est au rendez-vous, la série peut s’étaler sur plusieurs années, pour le meilleur – quelquefois pour le pire.
2006 aura ainsi été pour NBC l’année du lancement triomphal de ‘Heroes’, série racontant l’émergence douloureuse d’une nouvelle génération de super héros. Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Les aventures vécues par une multitude de personnages menant une vie plus ou moins ordinaire, qui se découvrent chacun une capacité incroyable et unique constituent le fil de l’histoire, ou plutôt des histoires. Nathan Petrelli (Adrian Pasdar) est un candidat au Congrès qui peut voler comme Superman, Claire Bennet (Hayden Panettiere) une lycéenne dont les blessures et contusions disparaissent presque instantanément, Niki Sanders (Ali Larter) une strip-teaseuse douée d’une force surhumaine et d’une personnalité multiple, Mohinder Suresh (Sendhil Ramamurthy) un professeur en génétique indien qui marche dans les traces d’un père mystérieusement assassiné à la recherche de ces surhommes...
Rapidement, le
spectateur est saisi par l’intrigue générale, pourtant banale pour ce genre : une prophétie assure que le monde sera détruit dans quelques semaines ; il faudra donc détourner le destin de son cours
en accomplissant l’impossible.
La réalisation est efficace, les scènes d’action nombreuses et généreuses, le ou les méchants ignobles à souhait. Sont multipliés bien sûr, pour le plaisir de tous, les retournements de situation et autres ‘cliffhangers’ (vous savez, l’angoisse posée par le « à suivre... » brutal qui va vous faire passer une semaine infernale dans l’attente du prochain épisode)
Quant aux héros, ils sont si divers dans leurs capacités extraordinaires, leurs histoires personnelles, leurs comportements que n’importe qui trouverait à s’y identifier. Jusqu’à leurs personnalités respectives, toutes tranchées et simples, tout en étant très variées. Dans la même idée, du lycée à la politique, de la famille américaine idéale aux repris de justice, de l’hôpital à la police, tous les milieux de la société américaine sont abordés.
Autre atout pour cette
réussite, Tim Krig, créateur de la série, a repris beaucoup d’éléments qui ont fait le succès de films ou de séries de ces dernières années : les amateurs de mystère et d’organisations secrètes
(‘Alias’, ‘Lost’, ‘Tomb Raider’), de meurtres répugnants (‘Seven’) y trouveront leur compte, pas de problème !
Les canons du genre sont bien respectés, et l’œuvre globale est dans le droit fil de l’évolution de la mythologie du super héros. Incarnation d’un rêve de chacun d’entre nous, exacerbation d’un sens, capacité portée à l’extrême, celui-ci est une prolongation des dieux de l’antiquité, tout-puissant sur un domaine de l’activité humaine. Ses pouvoirs portent souvent en eux-mêmes leur propre malédiction, sur le principe du ‘mieux est l’ennemi du bien’, ce qui est après tout rassurant pour le citoyen lambda que nous sommes.
Depuis leur naissance avant la seconde guerre mondiale, quand la simplification apaisante du combat du bien contre le mal plaisait aux lecteurs, jusqu’à leur évolution dans les années 50-60, quand les préoccupations générales ont commencé à s’éloigner des visions manichéennes, les super héros ont évidemment bien changé. Les tenues en collant se sont faites rares, les conflits sont souvent devenus intra-personnels, les personnalités troubles, à mesure que les repères idéologiques du reste de la société se brouillaient. ‘Heroes’ se situe dans le prolongement de ce mouvement.
Les clins d’œil à la
tradition, comme il se doit, sont très nombreux : un des personnages est lui-même dessinateur de comics par exemple, un autre est un fan, l’affichage des titres des épisodes est résolument très
BD.
Si l’on pressentait un certain essoufflement du genre, il faudra donc se détromper avec ce premier volet d’une œuvre globale annoncée comme gigantesque (on parle de cinq saisons déjà esquissées !)
Seul bémol, mais qui sera de taille pour certains : en introduisant une profusion de destins et d’historiettes qui sont autant de fils d’une trame qui enfle à mesure que ces super héros y sont intégrés, Krig a pris le risque de rendre le tout illisible, et plus d’un sera désorienté par la richesse de l’ensemble. Bien sûr, quelques personnages sont plus centraux que d’autres, mais un grand nombre (une douzaine à peu près) ont une importance primordiale dans le déroulement des événements. Ils se croisent et se recroisent au cours des épisodes dans un ballet qui risque de donner le tournis et multiplie des verrues scénaristiques dont on aurait pu se passer. Mais n’est-ce pas là une stratégie qui attire et capte les fans de ce type de séries ?
En tous cas, preuve de la réussite des créateurs de ‘Heroes’, une fois de plus, nombreux sont les malheureux en attente de la saison suivante... La télévision a encore frappé !
Note : Heroes 14/20
Heroes sur imdb
La mode télévisuelle est,
depuis quelques années, et notamment la montée de HBO aux Etats-Unis avec ‘Sex and the City’ dans une moindre mesure, puis les ‘Sopranos’, rejointe par ABC avec ‘Alias’ et Fox avec ‘24’ (on se
souvient également de ‘X-Files’ sur le même modèle dans les années 90), aux séries où l’intrigue se développe sur une saison (souvent équivalente à un semestre), à doses élevées de suspense et de
mystère, et reposant sur des codes et des conventions d’un genre bien déterminé (espionnage, fantastique, policier...)Chaque réseau TV digne de ce nom en lance au moins une par an, qui sera son image pour l’année à venir, et ne lésine donc plus sur les moyens qui assureront leur succès. Si celui-ci est au rendez-vous, la série peut s’étaler sur plusieurs années, pour le meilleur – quelquefois pour le pire.
2006 aura ainsi été pour NBC l’année du lancement triomphal de ‘Heroes’, série racontant l’émergence douloureuse d’une nouvelle génération de super héros. Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Les aventures vécues par une multitude de personnages menant une vie plus ou moins ordinaire, qui se découvrent chacun une capacité incroyable et unique constituent le fil de l’histoire, ou plutôt des histoires. Nathan Petrelli (Adrian Pasdar) est un candidat au Congrès qui peut voler comme Superman, Claire Bennet (Hayden Panettiere) une lycéenne dont les blessures et contusions disparaissent presque instantanément, Niki Sanders (Ali Larter) une strip-teaseuse douée d’une force surhumaine et d’une personnalité multiple, Mohinder Suresh (Sendhil Ramamurthy) un professeur en génétique indien qui marche dans les traces d’un père mystérieusement assassiné à la recherche de ces surhommes...
Rapidement, le
spectateur est saisi par l’intrigue générale, pourtant banale pour ce genre : une prophétie assure que le monde sera détruit dans quelques semaines ; il faudra donc détourner le destin de son cours
en accomplissant l’impossible.La réalisation est efficace, les scènes d’action nombreuses et généreuses, le ou les méchants ignobles à souhait. Sont multipliés bien sûr, pour le plaisir de tous, les retournements de situation et autres ‘cliffhangers’ (vous savez, l’angoisse posée par le « à suivre... » brutal qui va vous faire passer une semaine infernale dans l’attente du prochain épisode)
Quant aux héros, ils sont si divers dans leurs capacités extraordinaires, leurs histoires personnelles, leurs comportements que n’importe qui trouverait à s’y identifier. Jusqu’à leurs personnalités respectives, toutes tranchées et simples, tout en étant très variées. Dans la même idée, du lycée à la politique, de la famille américaine idéale aux repris de justice, de l’hôpital à la police, tous les milieux de la société américaine sont abordés.
Autre atout pour cette
réussite, Tim Krig, créateur de la série, a repris beaucoup d’éléments qui ont fait le succès de films ou de séries de ces dernières années : les amateurs de mystère et d’organisations secrètes
(‘Alias’, ‘Lost’, ‘Tomb Raider’), de meurtres répugnants (‘Seven’) y trouveront leur compte, pas de problème !Les canons du genre sont bien respectés, et l’œuvre globale est dans le droit fil de l’évolution de la mythologie du super héros. Incarnation d’un rêve de chacun d’entre nous, exacerbation d’un sens, capacité portée à l’extrême, celui-ci est une prolongation des dieux de l’antiquité, tout-puissant sur un domaine de l’activité humaine. Ses pouvoirs portent souvent en eux-mêmes leur propre malédiction, sur le principe du ‘mieux est l’ennemi du bien’, ce qui est après tout rassurant pour le citoyen lambda que nous sommes.
Depuis leur naissance avant la seconde guerre mondiale, quand la simplification apaisante du combat du bien contre le mal plaisait aux lecteurs, jusqu’à leur évolution dans les années 50-60, quand les préoccupations générales ont commencé à s’éloigner des visions manichéennes, les super héros ont évidemment bien changé. Les tenues en collant se sont faites rares, les conflits sont souvent devenus intra-personnels, les personnalités troubles, à mesure que les repères idéologiques du reste de la société se brouillaient. ‘Heroes’ se situe dans le prolongement de ce mouvement.
Les clins d’œil à la
tradition, comme il se doit, sont très nombreux : un des personnages est lui-même dessinateur de comics par exemple, un autre est un fan, l’affichage des titres des épisodes est résolument très
BD.Si l’on pressentait un certain essoufflement du genre, il faudra donc se détromper avec ce premier volet d’une œuvre globale annoncée comme gigantesque (on parle de cinq saisons déjà esquissées !)
Seul bémol, mais qui sera de taille pour certains : en introduisant une profusion de destins et d’historiettes qui sont autant de fils d’une trame qui enfle à mesure que ces super héros y sont intégrés, Krig a pris le risque de rendre le tout illisible, et plus d’un sera désorienté par la richesse de l’ensemble. Bien sûr, quelques personnages sont plus centraux que d’autres, mais un grand nombre (une douzaine à peu près) ont une importance primordiale dans le déroulement des événements. Ils se croisent et se recroisent au cours des épisodes dans un ballet qui risque de donner le tournis et multiplie des verrues scénaristiques dont on aurait pu se passer. Mais n’est-ce pas là une stratégie qui attire et capte les fans de ce type de séries ?
En tous cas, preuve de la réussite des créateurs de ‘Heroes’, une fois de plus, nombreux sont les malheureux en attente de la saison suivante... La télévision a encore frappé !
Note : Heroes 14/20
Heroes sur imdb
Trop souvent, et même si on
nous assure que ce n’est pas le cas, une série télévisée est lancée sur une illumination, une « bonne idée » plus ou moins vague qui, c’est certain, en se développant, cristallisera l’attention du
public pour les années à venir. L’histoire débute généralement de façon intelligente, avec des moyens techniques corrects et des rebondissements multiples. L’élan initial dure en général deux
saisons : la première met l’eau à la bouche et introduit la problématique générale – la « bonne idée » en question – , la deuxième exploite cette dernière à fond. C’est sur la troisième que les
choses se gâtent : on veut garder le succès des précédentes, amortir leur coût, rentabiliser les excès du passé. Et donc on commence à tirer sur la corde, à étaler la confiture de plus en plus
finement. Du coup le remplissage par des verrues secondaires et sans importance prend de plus en plus d’ampleur, le tout s’alourdit et s’embourbe, et quand le public s’en rend compte, c’est déjà
trop tard, il est fatigué, il n’est plus temps que de tirer le rideau.
Resteront-ils sur leur faim ? Le travail sera-t-il digne des
épisodes précédents ? Le suspense sera-t-il conservé ? Y aura-t-il assez d’action et d’intelligence pour remplir 23 épisodes d’une quarantaine de minutes chacun ?
Si la construction de la
plupart des épisodes reste la même – évolution de l’intrigue générale autour de flash-back sur la vie d’un des personnages – on ne peut que rester collé à son fauteuil devant l’inventivité des
scénaristes et la réalisation soignée.
Sur le fond de l’histoire,
alors que tout s’acharne sur les rescapés, nous en apprenons plus sur l’énigmatique ‘Dharma Initiative’ et les non moins énigmatiques ‘Autres’, mais il faut bien avouer que plus on en apprend, plus
le mystère s’épaissit sur les objectifs des uns et des autres. Ce ne sont pas les réponses à beaucoup de questions posées dans les épisodes précédents qui manquent, mais chacune en génère une à son
tour, et ainsi de suite. Cette construction en poupées russes est sans doute la vraie marque de fabrique de ‘Lost’, plus encore que le cadre exotique de cette île mystérieuse.
Résultat : les éléments nouveaux sur les divers habitants de l’île surviennent dosés par un
compte-goutte assez équilibré en rebondissements et coups de théâtre pour que le tout garde l’attention captive, et ce jusqu’au dernier épisode. Celui-ci apparaît très intelligemment, lui aussi,
comme conclusion d’une partie de l’aventure – et comblera donc les attentes des fans – tout en dévoilant une nouvelle poupée gigogne.
Son héros central,
Michael Scofield (Wentworth Miller), est un Mac Gyver tatoué du plan de sortie de sa prison (les dits tatouages clignotant de temps en temps pour souligner au spectateur peu évolué leur
importance), maniaque d’origami (sans doute signe d’une grande intelligence), qui a tout prévu, tout calculé, tout appris sur ses futurs codétenus, avant de se faire enfermer dans le même
pénitencier d’Etat que son frère condamné à mort mais innocent, Lincoln Burrows (non, il ne porte pas le même nom que son frère) (Dominic Purcell). Il grignote peu à peu tout au long des 22
épisodes de la série tous les obstacles qui s’accumulent sur son chemin pour faire évader ce frère et une équipe de codétenus de tout poil qui l’ont aidé dans son aventure.
Les invraisemblances du
scénario ne sont plus à compter. Les tueurs, des agents des services secrets, aussi peu discrets que possible, ratent si fréquemment leur cible par bêtise et manque de professionnalisme qu’on en
vient à vouloir les aider. Négligeant toujours des indices pourtant évidents, ces félons deviennent quand tout espoir leur semble perdu exceptionnellement subtils (mais rassurez-vous, cela ne
durera que quelques secondes), le temps de relancer une poursuite cousue de fil blanc. Leur non renouvellement fait qu’ils deviennent véritablement lassant au fil des épisodes.
Au milieu de ce cirque, les acteurs font ce qu’ils peuvent pour faire semblant de forcer des portes
déjà ouvertes, ouvrir des trappes d’acier en balsa, les cheveux rasés du héros subissent une forte et subite poussée vers l’épisode 17...
Fox, avec cette série,
confirme son orientation ‘white trash’. Les références sur lesquelles sont basées ‘Prison Break’ sont en effet celles de cette ‘culture’ dans toute sa splendeur : les valeurs familiales et
patriotiques y sont exaltées au travers des qualités inhérente à l’individu-pionnier bourré de qualités trahi par des structures financières ou administratives corrompues.
