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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 17:33

TouchOfEvil-copie-2.jpg

Superlatifs et anecdotes diverses se bousculent pour caractériser Touch of Evil. Considéré par beaucoup comme une des meilleurs réalisations d'Orson Welles, il aura marqué la légende du cinéma par sa place de dernier grand film noir classique hollywoodien, par une débauche d'exploits techniques et innovants qui en font un exemple jalousé par nombre de cinéastes aujourd'hui encore, par son casting aussi exceptionnel qu'extravagant, par son intrigue à strates multiples, par son style unique et tourbillonnant. Bref, un film qu'il ne faut pas hésiter à voir - ou à revoir.

Qu'est-ce qu'un film noir? Si on reprend la définition de Raymond Borde et Etienne Chaumeton, il doit plonger le spectateur dans l'onirique, l'étrange, l'érotique, l'ambivalence et la cruauté.

Touch of Evil accomplit cela, et plus encore.

Tout commence par un plan-séquence d'environ trois minutes vingt (voir la vidéo plus bas), incroyablement complexe dans ses mouvements de caméra comme dans les déplacements et le jeu des acteurs. Jugez-en plutôt: un homme observe un couple qui marche vers un parking, court placer une bombe à minuterie dans leur voiture, celle-ci démarre, passe derrière une maison, croise un premier vendeur ambulant, dépasse au ralenti un autre couple en marche vers un poste-frontière, est arrêtée par un combat de chiens, repart... et ainsi de suite, le tout sur fond de rue animée, imbriqué de dialogues et filmé à l'aide d'une caméra qui se déplace sur au moins une centaine de mètre de long et quelques mètres de hauteur. Un premier exploit cinématographique qui tient le spectateur en haleine autant par son impressionnante technicité que par la tension induite par la minuterie de la bombe, à laquelle chaque mini-séquence rajoute un niveau.

Touch1.jpg

Orson Welles poursuit après cette séquence les scènes en multipliant surprises et contrastes complexes et étourdissants.

L'action est ainsi fréquemment entrelacée et se joue sur plusieurs plans de façon simultanée dans le même cadre, préparant la séquence qui suit, introduisant un nouveau personnage ou bien ajoutant au déroulé de l'intrigue des détails sans rapport direct avec ce qui préparait.

Les dialogues sont donc souvent sur des niveaux multiples.

Les acteurs peuvent entrer dans le cadre pour dire quelques phrases, en sortir puis y retourner, dire des lignes totalement hors-champ, simplement être présents en ombres portées ou encore sur un miroir alors que la caméra se meut de manière fluide.

Touch4

Pour ce qui est des phrases choc assénées par un personnage - elles abondent -, moments de répit au milieu de tant de mouvements tourbillonnants, les gros plans sont logiquement préférés aux plans américains. Elles ponctuent l'action et y apportent toute sa signification.

La virtuosité déployée par Welles dans ce contrôle, toute intelligence et technicité, bien que trop voyante, est mise au service d'une intrigue déjà peu claire qui n'en devient que plus trouble, résultat prévisible, attendu et bienvenu pour un tel film.

Charlton Heston est Mike Vargas, policier mexicain en lune de miel dans une ville-frontière avec sa jeune femme américaine Susie (Janet Leigh)

A l'explosion de la voiture de la première scène se mêle une affaire de stupéfiants pour laquelle Mike doit témoigner dans quelques jours et dont les restes du gang impliqué, dirigés par l'oncle Grandi (Akim Tamiroff), rôdent dans la ville en quête de vengeance.

Touch2.gif

Face à Mike, côté américain, se trouve le capitaine Quinlan (Orson Welles lui-même), cynique dur-à-cuire dont les méthodes se révèlent de plus en plus douteuses.

Les personnages sortent des canons hollywoodiens et sont poussés dans des directions très "série B". Charlton Heston (alors en pleine ascension - il explosera l'année suivante dans Ben-Hur) est bien improbable en policier mexicain à moustaches naïf et droit, égaré dans une affaire qui le dépasse. Ce casting bizarre est intelligemment - désinvolture géniale ou second degré affirmé? - mis en dérision dans les dialogues mêmes du film.

Le reste de la distribution est plus convaincant.

Janet Leigh (qui tournera Psycho deux ans plus tard) est une troublante et troublée ingénue sur laquelle on est amené à se poser pas mal de questions, Orson Welles excelle dans le rôle du vieux flic salaud, bedonnant, corrompu et pourtant touchant.

Les rôles moins importants sont tout aussi travaillés: Akim Tamiroff, dont c'est peut-être le plus grand rôle, mais on remarquera également Zsa Zsa Gabor, ainsi que Marlene Dietrich en mystérieuse tireuse de carte.

Procédé peu répandu à l'époque, les acteurs ont été appelés à participer eux-même à la construction de leur personnage et contribué à la réécriture de leurs dialogues, et ça se sent: les jeux sont variés, très affirmés, souvent déroutants et surréalistes.

Touch2-copie-1.gifAppuyés par les grands angles, contre-plongés et autres gros plans, ils exhalent la vérité.

Pas celle de la vie de tous les jours, mais une "autre" vérité fondée sur les rêves, les angoisses et les fantasmes... une vision glauque et incertaine, bien dans la couleur du film noir.

La première version du réalisateur ne plaisant pas à Universal, le film sera hélas remonté pour sortir en série B - c'est-à-dire en première partie de projection en double séance - avant l'inoubliable (?) film de série A The Female Animal [Femmes devant le désir] du non moins inoubliable (?) Harry Keller. Touch of Evil sera donc la dernière réalisation hollywoodienne de Welles.

Les intuitions des studios ne sont pas toujours les meilleures.

 

Note: 17,5/20

 

 

 

 


 

 

Le plan-séquence d'introduction


 

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Published by Eddl - dans Cinéma
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