Partager l'article ! 'Chi to hone' [Blood and Bones] (2004) - Vie d'enragé: L'itinéraire difficile d'un immigré coréen au Japon des années 20 aux ann ...
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L'itinéraire difficile d'un immigré coréen au Japon des années 20 aux années 80, voilà l'épopée que propose Yôichi Sai, réalisateur japonais lui-même d'ascendance coréenne, sur la base d'un roman de Sogil Yan, dans Chi to hone. Qui de mieux a priori pour interpréter ce personnage central, terriblement endurci, brute sans foi ni loi, que Takeshi Kitano, aux côtés duquel il avait joué dans le mémorable Gohatto [Taboo]? Probablement pas grand-monde. C'est donc sur cet acteur-réalisateur d'exception que s'appuie cette biographie imaginaire dure et impitoyable, reflet des vicissitudes endurées par les immigrés coréens au Japon, reflet également de la dureté de la vie de l'époque et de ses personnages.
De l'enfance de Kim Shun-pei (Beat Takeshi), jeune coréen arrivé à Osaka en 1923, de ses premiers pas en terre étrangère, l'histoire - et le film - ne disent pas grand-chose.
Les premiers souvenirs qu'il aura laissés au narrateur, son fils Masao (Hirofumi Arai, qu'on aura croisé plus tôt dans Aoi haru [Blue Spring]), ce sont les viols de sa mère par Sun-pei et la manière cruelle et implacable dont il la battait, sans répit ni pitié.
La personnalité de ce père omniprésent aura dominé sa vie comme celle de sa famille, aura "bloqué son chemin, comme un mur de pierre..."
Blood and Bones raconte tous les tourments et les pressions que tous auront à endurer dans l'entourage de Sun-pei, parsemés de quelques rares moments de respiration immédiatement mis sous cloche, comme l'arrivée de ce grand demi-frère inconnu instaurant momentanément un pouvoir en balance avec la tyrannie du père.
Chacun a sa manière de vivre aux côtés du monstre en
liberté, mais aucun - ou presque - n'ose le contrarier, se mentant, se défilant, supportant lâchement, par faiblesse, par respect des convenances que le principal intéressé foule aux pieds, un
ordre insupportable.
Tous les personnages se retrouvent ainsi bousculés, torturés par un Sun-pei sans vergogne violeur, menteur, voleur, assassin, un homme qui ne respecte rien ni personne.
Quand un réalisateur veut filmer l'histoire d'un homme, il s'attache d'ordinaire à faire entrer son public en empathie avec lui d'une manière ou d'une autre: en lui procurant des traits positifs, en lui donnant une enfance, une histoire, en le plaçant en position de victime.
Dans Chi to hone, Yôichi Sai part sur l'itinéraire d'un monstre, un contre-modèle, donc un personnage auquel il est difficile de s'identifier a priori.
Il tente donc sur 140 minutes sur le spectateur un exercice sadique qui s'apparente assez au ferrage d'un poisson, développant une alternance perverse de passages où il se montre sous l'apparence d'un bourreau, et de rares moments de grâce dans lesquels on croit y percevoir un être en mal d'affection, un écorché vif qui, tous comptes faits, aurait "bon fond".
Ce jeu sur l'espoir de rémission ou de happy end peut lasser, mais tient bon, comme tiennent d'ailleurs les victimes de Sun-pei, probablement sur les mêmes mécanismes psychologiques - tout ça finira bien par s'arranger -, et grâce au charisme dévastateur de Kitano, qui porte une fois de plus le film sur ses épaules - on comprend pourquoi Sai aurait attendu plus de cinq ans qu'il soit disponible pour tourner.
Les déchaînements soudains de violence joints à la passibilité apparente de cet acteur frappent encore juste et fournissent de nombreuses scènes mémorables, parmi lesquelles celle où il brise quelques côtes à son fils venu le tuer dans un bain public n'est qu'un exemple parmi d'autres.
La tentative de transfomer cette biographie en fresque épique, en chronique sociale et historique de tout un quartier, de toute une population, de toute une époque, manque, elle, son objectif et alourdit l'ensemble malgré une volonté (trop) évidente: une musique trop présente, et surtout des personnages secondaires trop écrasés par Kitano et son personnage, qui occupent dans l'intrigue comme sur l'écran tout le terrain. Par un message de fond très déprimant également.
On a les défauts de ses qualités.
Note: 11,5/20
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