
Danny Boyle a la réputation de surprendre le spectateur dans ses films. Chacun est un joyau dans son propre genre, qui marquera les esprits sans marcher sur les plate-bandes du précédent, mais trouvera son propre succès et son propre public. On se souvient ainsi de la noirceur comique de ‘Shallow Grave’ (‘Petits Meurtres entre amis’), des hallucinations déjantées de ‘Trainspotting’ et des petits français Virginie Ledoyen et Guillaume Canet (cocorico) qui jouaient avec DiCaprio dans ‘The Beach’, éclaboussés de la gloire de ce dernier alors en pleine ascension,. Puis il y eut le retour en 2002 du film d’épouvante à l’anglaise avec ’28 days later’, et enfin, pour compléter le tout, la fable enfantine et comique de ‘Millions’ en 2004, très réussie.
Si l’on devait trouver un fil conducteur d’une carrière déjà bien remplie, on pourrait écrire que le réalisateur anglais a réussi dans ses meilleures œuvres (sans doute ‘Shallow Grave’, ‘Trainspotting’ et ‘Millions’) à pousser plus loin que la simple narration d’une histoire, injectant et développant réflexion morales ou philosophiques à des scénarios déjà excellents.
Son dernier opus se démarque donc de la même manière, comme prévu, des précédents. Dans ‘Sunshine’, Boyle s’attaque en effet au genre de la science-fiction.
L’histoire ? Le soleil est en train de s’éteindre peu à peu. Une expédition y a donc été envoyé pour tenter de le ranimer à coup de bombes nucléaires. Elle a disparu. Une seconde y est donc dépêché, réunissant ce qui reste de matière fissible sur terre, avec un équipage de quelques spationautes, tous prêts à se sacrifier pour sauver leur planète: le dernier espoir de l’humanité.

Passées l’atmosphère imposante type ‘2001 l’Odyssée de l’Espace’ et les quelques données technologico-scientifiques, prétextes à lancer l’histoire, que le réalisateur survole bien heureusement sans s’y noyer, nous nous retrouvons par un de ces tours de passe-passe dont Boyle a le secret dans un thriller mystico-philosophique, conjuguant action, suspense et réflexion par ses allégories. Ce n’est plus une escouade de spationautes menant contre toutes probabilités matérielles une mission vitale et impossible, qu’on retrouvera par exemple dans ‘Armageddon’, thème fréquent dans le cinéma US de la supériorité de l’homme-pionnier sur un univers hostile, mais une équipe d’hommes qui tentent de réveiller leur Dieu, qui se meurt certes, mais dont le souffle conserve toujours son Essence écrasante. Le ranimer implique de S’en rapprocher, voire de Lui faire face, et qui pourrait imaginer de se tirer d’un telle confrontation indemne ?
Cette dernière, tant attendue, mènera-t-elle à une Epiphanie destructrice ou salvatrice ?

Dans cette quête du Graal revisitée, chacun de ces Icare est chevalier Arthurien. Perceval-Capa (Cillian Murphy, déjà remarqué notamment dans ‘Batman Begins’ et dans le dernier Ken Loach, ‘The Wind that Shakes the Barley’, ‘Le Vent se Lève’ en français) y trouve un rôle en or aux côtés de partenaires (Michelle Yeoh, Chris Evans...) toujours justes dans leurs variations sur les turpitudes de l’homme mis à nu devant le divin.
On pourrait relever quelques incohérences scientifiques dans les aventures de ces héros, mais qu’importe, elles abondent dans la plupart des réussites du genre, de ‘Planète Interdite’ à la série ‘Star Wars’... Non, ce n’est pas l’objet du film. Tous ici sont à la manœuvre pour montrer les multiples difficultés, toutes oh combien humaines, de ranimer un Dieu, même mourant, et y parviennent avec intelligence. Bref, encore un exercice original et réussi pour Danny Boyle !
Note : 13/20
Sunshine sur imdb