Ce synopsis aurait dû aboutir à un film larmoyant et déprimant. Todd Solondz, en réalisant ‘Welcome to the Dollhouse’ (ou ‘Bienvenue à l’âge ingrat’ dans sa traduction française), en a tiré une comédie noire, acide et émouvante, son premier succès, précurseur par ses thèmes comme par leur traitement des suivants (‘Happiness’, ‘Storytelling’…)
Triste farce ? Non. En nous faisant partager les états d’âme d’une petite fille rejetée par tous, il écrit une satyre de la vie familiale avec ses déviations et ses malentendus. La profondeur psychologique et émotionnelle de l’analyse incite à une réflexion beaucoup plus générale sur la société, les rapports de domination qu’elle impose et qui déforment dès l’enfance, ses conflits avec la morale qu ‘elle professe.
Comme se font et se défont ses liens avec les autres marginaux du système, comment les humiliations mènent au dépit, puis au mal (provoquant presque dans l’histoire le kidnapping de sa petite sœur), comment la faiblesse d’une enfant peut renforcer toutes ces frustrations et la plonger dans un véritable cercle vicieux : toute une enfance mal vécue nous est exposée sans complaisance et sans complexe. Mal vécue, mais si drôle à regarder !
Certes, le rire est ici souvent issu de situations cruelles, mais en allant sans pitié au bout de la caricature, Todd Solondz recrée une part des fantasmes de parents ineptes et tyranniques qui dort plus ou moins en chacun de nous. Il atteint une vérité psychologique absente de la plupart des bonbons sucrés et consensuels proposés par Hollywood.
Et, remarquons-le pour les âmes les plus sensibles, le spectateur est bien loin de mépriser Dawn.
Souvent comparé à ‘Napoleon Dynamite’ de Jared Hess (qui lui est postérieur), ce film se rapproche également de l’excellent et plus récent ‘Little Miss Sunshine’. L’humour de ‘Welcome to the Dollhouse’ est cependant beaucoup plus cynique et percutant. Plus perturbant aussi, notamment par la violence des situations et leur développement à l’intérieur même de la famille.
Un Grand Prix du Jury du festival de Sundance et prix du Jury de Deauville 1996 à découvrir ou à revoir donc, ne serait-ce pour (re)goûter aux grands moments de solitude de la petite Dawn !
Note : 15,5/20
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