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Vendredi 26 janvier 2007

Le tabac tue, c’est depuis longtemps admis.

Et pourtant, une industrie toujours florissante prospère sur sa culture et son commerce, attirant nombre de cerveaux et de force de travail humains, et non des moindres.

Jason Reitman, le fils d’Ivan Reitman (l’homme de « Ghostbusters »), pour son premier long métrage, « Thank you for smoking », s’intéresse aux péripéties d’un des membres de cette congrégation, porte-parole d’un des puissants lobbies du tabac aux Etats-Unis.


Ce « spin-doctor » (Aaron Eckhart) apparaît d’abord comme quelqu’un de bien cynique et sans scrupule : face à des associations anti-tabac moralisatrices et ringardes, il joue sans vergogne la carte de la liberté et de la décontraction, ridiculisant facilement ses adversaires. Il tente de noyauter Hollywood, corrompt habilement un potentiel détracteur de l’industrie (l’ancien cow-boy de Marlboro à la retraite, atteint d’un cancer de la gorge)... Bref il a peu pour plaire.

Et pourtant on s’aperçoit rapidement qu’il n’est qu’un des multiples reflets d’une société devenue à tous égards sans scrupules. Tous ceux qu’il côtoie, en effet, ne valent pas beaucoup mieux que lui, et l’utilisent avec un cynisme égal, sinon supérieur au sien.

Reitman esquisse ici toute une galerie de portraits tous plus drôles et féroces les uns que les autres : la journaliste qui concocte ses papiers à base de confessions sur l’oreiller (la très cinégénique Katie Holmes), le politicien aigri et frustré dont le seul intérêt semble être sa propre image (l’excellent William Macy), le gourou de Hollywood tout-puissant et tout ailleurs (l’inattendu Rob Lowe), l’ancien officier raide et irascible reconverti dans le monde « corporate » (J.K. Simmons) n’en sont que quelques exemples parmi une multitude. Tous vrais, et chacun doté de la petite touche qui les éloigne de la vision manichéenne qui guette ces personnages. Tous incarnés aussi par quelques-uns des meilleurs seconds rôles du cinéma américain d’aujourd’hui.

Le lobbyiste que l’on aurait pu détester apparaît finalement comme il se vit lui-même : un requin au milieu d’autres requins, certes, mais qui n’a peut-être pas eu le choix d’une autre vie, s’il voulait conserver son train de vie. Eh oui, il faut bien qu’il rembourse son emprunt... (la réplique du film), comme la plupart des autres poissons d’ailleurs, petits et grands.


On succombe donc rapidement au charme de cette comédie américaine parfaitement réalisée, et dotée d’une morale un peu plus complexe que la moyenne de ses concurrentes.

Note : 15/20

par Eddl publié dans : Cinéma
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