Les séries sont pour la plupart des chaînes de télévision généralistes leur vitrine. Censées concurrencer les films cinéma et les téléfilms qui n’offrent qu’une aventure ponctuelle, elles
fidélisent une audience sur un créneau horaire tout en lui offrant un spectacle éventuellement comparable en terme de qualité.

La mode télévisuelle est,
depuis quelques années, et notamment la montée de HBO aux Etats-Unis avec ‘Sex and the City’ dans une moindre mesure, puis les ‘Sopranos’, rejointe par ABC avec ‘Alias’ et Fox avec ‘24’ (on se
souvient également de ‘X-Files’ sur le même modèle dans les années 90), aux séries où l’intrigue se développe sur une saison (souvent équivalente à un semestre), à doses élevées de suspense et de
mystère, et reposant sur des codes et des conventions d’un genre bien déterminé (espionnage, fantastique, policier...)
Chaque réseau TV digne de ce nom en lance au moins une par an, qui sera son image pour l’année à venir, et ne lésine donc plus sur les moyens qui assureront leur succès. Si celui-ci est au
rendez-vous, la série peut s’étaler sur plusieurs années, pour le meilleur – quelquefois pour le pire.
2006 aura ainsi été pour NBC l’année du lancement triomphal de ‘Heroes’, série racontant l’émergence douloureuse d’une nouvelle génération de super héros. Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Les aventures vécues par une multitude de personnages menant une vie plus ou moins ordinaire, qui se découvrent chacun une capacité incroyable et unique constituent le fil de l’histoire, ou plutôt
des histoires. Nathan Petrelli (Adrian Pasdar) est un candidat au Congrès qui peut voler comme Superman, Claire Bennet (Hayden Panettiere) une lycéenne dont les blessures et contusions
disparaissent presque instantanément, Niki Sanders (Ali Larter) une strip-teaseuse douée d’une force surhumaine et d’une personnalité multiple, Mohinder Suresh (Sendhil Ramamurthy) un professeur en
génétique indien qui marche dans les traces d’un père mystérieusement assassiné à la recherche de ces surhommes...

Rapidement, le
spectateur est saisi par l’intrigue générale, pourtant banale pour ce genre : une prophétie assure que le monde sera détruit dans quelques semaines ; il faudra donc détourner le destin de son cours
en accomplissant l’impossible.
La réalisation est efficace, les scènes d’action nombreuses et généreuses, le ou les méchants ignobles à souhait. Sont multipliés bien sûr, pour le plaisir de tous, les retournements de
situation et autres ‘cliffhangers’ (vous savez, l’angoisse posée par le « à suivre... » brutal qui va vous faire passer une semaine infernale dans l’attente du prochain épisode)
Quant aux héros, ils sont si divers dans leurs capacités extraordinaires, leurs histoires personnelles, leurs comportements que n’importe qui trouverait à s’y identifier. Jusqu’à leurs
personnalités respectives, toutes tranchées et simples, tout en étant très variées. Dans la même idée, du lycée à la politique, de la famille américaine idéale aux repris de justice, de l’hôpital à
la police, tous les milieux de la société américaine sont abordés.

Autre atout pour cette
réussite, Tim Krig, créateur de la série, a repris beaucoup d’éléments qui ont fait le succès de films ou de séries de ces dernières années : les amateurs de mystère et d’organisations secrètes
(‘Alias’, ‘Lost’, ‘Tomb Raider’), de meurtres répugnants (‘Seven’) y trouveront leur compte, pas de problème !
Les canons du genre sont bien respectés, et l’œuvre globale est dans le droit fil de l’évolution de la mythologie du super héros. Incarnation d’un rêve de chacun d’entre nous, exacerbation d’un
sens, capacité portée à l’extrême, celui-ci est une prolongation des dieux de l’antiquité, tout-puissant sur un domaine de l’activité humaine. Ses pouvoirs portent souvent en eux-mêmes leur propre
malédiction, sur le principe du ‘mieux est l’ennemi du bien’, ce qui est après tout rassurant pour le citoyen lambda que nous sommes.
Depuis leur naissance avant la seconde guerre mondiale, quand la simplification apaisante du combat du bien contre le mal plaisait aux lecteurs, jusqu’à leur évolution dans les années 50-60, quand
les préoccupations générales ont commencé à s’éloigner des visions manichéennes, les super héros ont évidemment bien changé. Les tenues en collant se sont faites rares, les conflits sont souvent
devenus intra-personnels, les personnalités troubles, à mesure que les repères idéologiques du reste de la société se brouillaient. ‘Heroes’ se situe dans le prolongement de ce mouvement.

Les clins d’œil à la
tradition, comme il se doit, sont très nombreux : un des personnages est lui-même dessinateur de comics par exemple, un autre est un fan, l’affichage des titres des épisodes est résolument très
BD.
Si l’on pressentait un certain essoufflement du genre, il faudra donc se détromper avec ce premier volet d’une œuvre globale annoncée comme gigantesque (on parle de cinq saisons déjà esquissées
!)
Seul bémol, mais qui sera de taille pour certains : en introduisant une profusion de destins et d’historiettes qui sont autant de fils d’une trame qui enfle à mesure que ces super héros y sont
intégrés, Krig a pris le risque de rendre le tout illisible, et plus d’un sera désorienté par la richesse de l’ensemble. Bien sûr, quelques personnages sont plus centraux que d’autres, mais un
grand nombre (une douzaine à peu près) ont une importance primordiale dans le déroulement des événements. Ils se croisent et se recroisent au cours des épisodes dans un ballet qui risque de donner
le tournis et multiplie des verrues scénaristiques dont on aurait pu se passer. Mais n’est-ce pas là une stratégie qui attire et capte les fans de ce type de séries ?
En tous cas, preuve de la réussite des créateurs de ‘Heroes’, une fois de plus, nombreux sont les malheureux en attente de la saison suivante... La télévision a encore frappé !
Note : Heroes 14/20
Heroes sur imdb