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Mardi 30 janvier 2007

Au début des années 80 se forme aux Etats-Unis une équipe d’acteurs, scénaristes et réalisateurs qui feront la scène comique américaine pendant plus d’une décennie, à peu près au même moment que les Monthy Python au Royaume-Uni. Certains figurent encore parmi les grands d’aujourd’hui : Chevy Chase, Bill Murray, Ivan Reitman.

«Caddyshack » (la cabane des caddies) est un film de cette époque réunissant certains d’entre eux à leurs débuts.

Réalisé par Harold Ramis (qui participera à l’élaboration de nombre des succès de Reitman par la suite), l’argument en est une chronique comique d’un golf chic américain. Certains personnages sont très stéréotypés (le golfeur snob et coincé, le nouveau riche insortable, la blonde riche et légère). D’autres, les plus intéressants, les plus excentriques aussi, font ressortir des caractéristiques loufoques. On trouve ainsi un golfeur vieux garçon mystique et surdoué (Chevy Chase, alors en plein début d’ascension) qui tentera un massage-acupuncture à l’aide de cure-dent, et aussi, et surtout, un jardinier clochard un peu demeuré qui à la lourde tâche d’exterminer un petit écureuil terrestre (Bill Murray, irrésistible) qui creuse des tranchées dans les greens et autres fairways.

Après un début un peu laborieux, comme c’est souvent le cas dans les comédies de ce style, les parcours des uns et des autres se croisent, s’entrecroisent, au milieu de scènes surprenantes par leur variété à l’intérieur du registre comique. Des répliques excellentes (« Voulez-vous gagner 14 dollars the hard way ? »), des scènes de délire collectif (le « jour des caddies » à la piscine), des gags « tarte à la crème » parsèment puis inondent la trame romantique ( ?) qui apparaît vite comme un prétexte pour l’équipe de se lâcher.

On peinerait d’ailleurs à ne pas être rapidement et joyeusement pris dans la même vague, et ce jusqu’à l’explosion finale, à l’image du reste du parcours. Un bon moment à passer donc, que vous soyez golfeur ou non.

Note : 14/20

par Eddl publié dans : Cinéma
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Samedi 27 janvier 2007







Irkutsk n'est pas mieux qu'une maison à la campagne, les choses s'y usent et sont remplacées par de nouvelles.
par Eddl publié dans : Images d'ailleurs
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Vendredi 26 janvier 2007

Le tabac tue, c’est depuis longtemps admis.

Et pourtant, une industrie toujours florissante prospère sur sa culture et son commerce, attirant nombre de cerveaux et de force de travail humains, et non des moindres.

Jason Reitman, le fils d’Ivan Reitman (l’homme de « Ghostbusters »), pour son premier long métrage, « Thank you for smoking », s’intéresse aux péripéties d’un des membres de cette congrégation, porte-parole d’un des puissants lobbies du tabac aux Etats-Unis.


Ce « spin-doctor » (Aaron Eckhart) apparaît d’abord comme quelqu’un de bien cynique et sans scrupule : face à des associations anti-tabac moralisatrices et ringardes, il joue sans vergogne la carte de la liberté et de la décontraction, ridiculisant facilement ses adversaires. Il tente de noyauter Hollywood, corrompt habilement un potentiel détracteur de l’industrie (l’ancien cow-boy de Marlboro à la retraite, atteint d’un cancer de la gorge)... Bref il a peu pour plaire.

Et pourtant on s’aperçoit rapidement qu’il n’est qu’un des multiples reflets d’une société devenue à tous égards sans scrupules. Tous ceux qu’il côtoie, en effet, ne valent pas beaucoup mieux que lui, et l’utilisent avec un cynisme égal, sinon supérieur au sien.

Reitman esquisse ici toute une galerie de portraits tous plus drôles et féroces les uns que les autres : la journaliste qui concocte ses papiers à base de confessions sur l’oreiller (la très cinégénique Katie Holmes), le politicien aigri et frustré dont le seul intérêt semble être sa propre image (l’excellent William Macy), le gourou de Hollywood tout-puissant et tout ailleurs (l’inattendu Rob Lowe), l’ancien officier raide et irascible reconverti dans le monde « corporate » (J.K. Simmons) n’en sont que quelques exemples parmi une multitude. Tous vrais, et chacun doté de la petite touche qui les éloigne de la vision manichéenne qui guette ces personnages. Tous incarnés aussi par quelques-uns des meilleurs seconds rôles du cinéma américain d’aujourd’hui.

Le lobbyiste que l’on aurait pu détester apparaît finalement comme il se vit lui-même : un requin au milieu d’autres requins, certes, mais qui n’a peut-être pas eu le choix d’une autre vie, s’il voulait conserver son train de vie. Eh oui, il faut bien qu’il rembourse son emprunt... (la réplique du film), comme la plupart des autres poissons d’ailleurs, petits et grands.


On succombe donc rapidement au charme de cette comédie américaine parfaitement réalisée, et dotée d’une morale un peu plus complexe que la moyenne de ses concurrentes.

Note : 15/20

par Eddl publié dans : Cinéma
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Jeudi 25 janvier 2007

Napoleon Dynamite est une sorte de pauvre gars de l’Idaho en pleine crise d’adolescence. Il est l’archétype de ce qu’un adolescent américain n’est pas censé rêver être : laid, boutonneux, naïf voir stupide, et surtout complètement inhibé. C’est le loser prédestiné, l’anti-modèle pour la jeunesse qui gagne.

Et pourtant, Jared Hess, réalisateur de ce film, aura réussi la conquête d’une bonne partie du public américain en narrant ses aventures.


Ici, l’anti-héros, le personnage du quotidien autour duquel tourne le scénario, est le nerd.

Qu’est-ce qu’un nerd ? C’est, en argot américain, un nul : l’obscur individu chétif et bourré de complexes que tous veulent ignorer, le souffre-douleur de la classe, l’incompris aussi. C’est la fille qui passe son temps à faire des bigoudis en plastique dans son coin ; c’est le petit renfrogné qui construit maquettes d’avions sur maquettes d’avions, et ne parle jamais sauf pour devenir intarissable (et insupportable) quand on aborde le sujet.

Napoleon (Jon Heder) en est un exemple parfait. Outre un nom ridicule, un physique peu avantageux, une famille de marginaux qui passe son temps à l’enliser un peu plus dans la misère de sa vie quotidienne, ses intérêts principaux résident dans le dessin d’animaux fantastiques (principalement des licornes) ainsi que dans un jeu de balle grotesque qu’il est le seul à pratiquer (et mal)

Le seul camarade avec qui il arrive à se lier un tant soit peu est l’immigré du coin, Pedro (Efren Ramirez), petit mexicain complètement introverti qui décide de se présenter à la présidence de sa classe on ne sait trop pourquoi.


Et peu à peu, à force d’esquisses et de petites touches de cocasserie ou d’absurde, de talent du réalisateur et de toute l’équipe du film, dans un esprit proche de la bande dessinée, le monde de Napoleon prend forme, et l’inattendu se produit : le spectateur est gagné à sa « cause », sans que lui ne gagne grand-chose.


La tradition du film pour adolescents américains est pourtant que l’obscur raté du début du film trouvera son salut en une transformation salutaire grâce au héros, d’habitude quelqu’un de plutôt ordinaire, souvent un nouveau venu au lycée, qui est le centre de l’histoire (Grease par exemple).

Mais ce sont les transgressions de ce type de scénarios bien rodés qui sont souvent de nos jours à l’origine du succès de leurs auteurs.

Ainsi, ici le héros n’est plus le petit nouveau, le « new kid in the block » qui doit prouve sa valeur dans un parcours initiatique. C’est un raté prédestiné, et s’il subit une transformation, celle-ci restera toute relative. On pense à Carrie (dans un autre genre et pour une autre génération...), Rushmore, the Dollhouse  et autres références de ce style.


De plus en plus de scénarios films américains ont un succès, de fait, à partir des personnages médiocres qui le restent au fil de l’histoire, s’éloignant ainsi d’un cinéma qui veut éduquer, faire grandir. On ne crée plus l’exemple, mais on se dirige vers un cinéma de proximité avec le spectateur. Pour ce dernier, la « valeur ajoutée » ne résidera plus dans les rêves de devenir un héros, un chef, un exemple pour la communauté : elle se trouvera dans les émotions ressenties par les personnages, et ce avec d’autant plus d’efficacité que ceux-ci seront identifiables au spectateur.

Peut-être un début de rapprochement avec la tradition d’un certain cinéma européen (voire français)...

Note : 15/20
par Eddl publié dans : Cinéma
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Mercredi 24 janvier 2007

Un film de Visconti, c’est souvent l’histoire d’un trois mât, toutes voiles dehors, brillant de ses mille feux, qui file vers le chantier naval pour l’équarrissage. Les lignes sont magnifiques, les cuivres astiqués pour la parade, les matelots impeccables dans leur petit uniforme à pompon. Le commandant se tient à la barre en grand uniforme, tandis que le bruit, puis l’ombre des broyeuses grignotent peu à peu le paysage.

Ici, le navire, c’est la vieille Allemagne, celle de Guillaume, des von, de Wagner. Les chantiers navals, c’est le troisième Reich, qui s’installe en écrasant tout sur son passage, ses propres séides compris.


Les personnages tentent de se débattre, d’exister, de s’accomplir, mais hors du régime point de salut. Ils ne réussissent qu’à sursauter occasionnellement dans l’anecdote, avant de s’engluer toujours plus profond dans la boue. Leurs rêves meurent les uns après les autres, pour ne laisser place qu’à leurs cauchemars. Ou au vide.

Le spectateur partage la pénibilité de leur destin : le rythme est lent, l’espoir insufflé insignifiant.


Sur le plan des symboles, le message de Visconti sur cette période est une sévère mise en garde.

Le nazisme est un monstrueux produit dérivé de l’industrialisation, une concrétisation extrême de la mise au pas de l’individu par la société, comme le soulignent les plans de fonderie qui encadrent la démonstration. Seul le plus fidèle des rouages de la machine, celui qui ignore ses appétits personnels (le SS, dans le film), pourra-t-il survivre – et ceci ne sera possible qu’en mettant en exergue ses côtés les plus sombres.

Même le SA, pourtant un des plus efficaces serviteurs de la machine infernale, mais encore souillé de reliquats d’humanité, doit disparaître. Et comme ceux qu’il a anéanti un peu plus tôt, le premier des constructeurs du système sera vite rattrapé par plus froid, plus efficace, plus abominable que lui.

Les images sont belles, les couleurs somptueuses, les symboles forts, cette période interpellante sur la nature humaine. Et même si la lecture n’est pas optimiste, on se laisse aller à suivre avec fascination le destin malheureux de ces pions égarés dans les boyaux de l’Histoire.


Alors, si vous avez assez de ventre pour vouloir suivre la lente agonie d’une mouche qui se débat, emmaillotée dans la toile, tandis que l’araignée s'approche pour la curée, ne boudez pas votre plaisir : et regardez, vous, ce film.

Note: 16/20

Les Damnés sur imdb

par Eddl publié dans : Cinéma
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