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Samedi 24 février 2007

Ach, sacrée DDR ! A cette époque-là, le peuple vivait une vie certes pas facile tous les jours, mais hors des incertitudes et du stress induits par le capitalisme et sa Loi du Marché. L’égalité forcée écornait peut-être quelques petits ambitions ou orgueils personnels, le sens de l’humour n’était sans doute pas le même qu’aujourd’hui ; mais le flambeau porté à bout de bras par la fière patrie, lui, était toujours bien là, guidant éternellement les consciences et les âmes vers des valeurs sans équivoque et sans compromis : travail, patrie, socialisme, communisme et autres ‘ismes’.

‘La vie des autres’ (‘Das leben der Anderen’) arrive à point pour remettre les pendules à l’heure. Face à la mode ‘ostalgique’ qui a réussi à générer quelques bonnes et plaisantes comédies comme ‘Goodbye Lenin’ ou ‘Sonnenallee’, et même à ressusciter le Vita-Cola (ersatz de Coca-Cola inventé par la Deutsche Demokratische Republik pour tenter de concurrencer ce dernier), Florian Henckel von Donnersmack, réalisateur, nous rappelle que non, décidément non, tout n’était pas rose en ce temps-là.

Son film décrypte le fonctionnement d’un état-policier dans toute son horreur à travers l’histoire d’un capitaine de la sinistre officine, serviteur dévoué du régime (Ulrich Mühe) Celui-ci est chargé par des supérieurs pourris jusqu’à l’os d’espionner un dramaturge idéaliste et irréprochable (Sebastian Koch, déjà remarqué dans ‘Black Book’ de Verhoeven). A l’insu de l’écrivain, le policier entrera en sympathie avec lui, allant finalement jusqu’à couvrir ses activités quand il trahit finalement le régime.

Von Donnersmack décrit fidèlement les rouages d’un système qui réunissait tout de même dans ses plus belles années quelques 91 000 employés à plein temps et 175 000 informateurs (triste record pour un total de moins de 17 millions d’habitants), occupés à espionner qui son voisin, qui son mari, qui son collègue.

L’hyperréalisme de la mise en scène, les couleurs (ou plutôt l’absence de) y sont pour beaucoup dans l’impact du film. Les rues et les bars sont quasi-déserts, les voitures rares et souvent minables, les intérieurs pauvres et dépouillés, les gens laids, la dépression générale palpable. Mais même étouffée sous ces contraintes, la vie est là qui résiste, qui persiste à unir et désunir des destins, à chercher le fraternel et le beau.
On dépasse ici la dimension documentaire, narrative ou factuelle du film d’espionnage pour passer à un message beaucoup plus profond sur la valeur des idées et des gens qui les agitent ou les utilisent.
Dans la même veine, la justesse et la sobriété du jeu de l’officier contribuent à faire surgir l’émotion à partir de ses expressions les plus minimes. La scène finale en est particulièrement touchante.

Reste que cette belle histoire n’est malheureusement qu’une fable. Pour l’anecdote, l’autorisation de filmer dans les véritables locaux de la prison de la Stasi fut refusée au cinéaste. Pour la raison qu’il n’existe pas d’exemple connu d’officier du service de renseignement ayant protégé une personne qu’il espionnait. A bon entendeur…

La vie des autres sur imdb

Note : 14/20

Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Jeudi 22 février 2007
Russie, Août 2004
Cinq jours quatre nuits
Le temps défile à l'envie
Taïga puis toundra
Isbas et vodka
Vogue vers la Sibérie
Et ce qui n'a pas de prix
Par Eddl - Publié dans : Images d'ailleurs
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Mardi 20 février 2007

Le titre est celui d’un drame shakespearien, son thème en est digne.

Kevin Macdonald a choisi de nous faire vivre à la cour du défunt dictateur fantasque Idi Amin Dada (Forest Whitaker) à travers les tribulations d’un jeune médecin Ecossais, Nicholas Garrigan (James McAvoy) Ce dernier, parti en Afrique en quête d’aventure(s), voit son existence bouleversée après sa rencontre avec le président, qui le prend d’abord en affection. Etant donnée la personnalité changeante et paranoïaque d’Amin, le rêve tourne peu à peu au cauchemar, tandis que le jeune docteur, devenu complice, s’enfonce en enfer à la suite du peuple Ougandais.

Forest Whitaker nous livre ici une nouvelle performance inoubliable (souvenez-vous de "Ghost Dog: Way of the Samurai" par exemple) en jouant un dictateur très crédible, tour à tour affable et sanguinaire, joueur, séducteur, bouffon, puis sadique et pervers ; un tyran qui alterne magnifiquement le chaud et le froid pour jouer avec ses sujets comme un chat joue avec une souris. Son jeu est certainement digne de sa nomination aux Oscars 2007.
James McAvoy, lui, oscille entre le rôle de faire-valoir du maître-acteur (ce qui est bien normal étant donné le scénario et la puissance de Whitaker), et celui du jeune homme fringuant, un peu chien fou, qui perd peu à peu ses illusions.

L’ambiance de l’Afrique noire est admirablement rendue, avec sa dose de surprises et d’invraisemblables réalités que ce sous-continent réserve à un jeune blanc qui n’avait jamais quitté son Ecosse natale.
L’Ouganda, univers semi opaque au docteur Garrigan, lui devient d’abord un terrain de jeu dont Idi Amin Dada serait à la fois chef de bande et Père Noël, et où il pense pouvoir réaliser ses ambitions. Puis la face cachée et bien réelle de la vie sous la dictature lui apparaît, trop tard pour qu’il en sorte indemne.
Tout le mécanisme de la corruption physique et morale est là. Un chef assez charismatique pour qu’on accepte de passer sur de petites choses, puis de s’aveugler un temps face aux doutes grandissants, avant de réaliser avec amertume qu’on est depuis longtemps passé de l’autre côté.

Malgré toutes ces qualités, le film pêche par les approximations historiques du scénario. Tiré d’un roman de Giles Foden, déjà dérivé de la réalité avec un mélange de personnages  fictifs et d’anecdotes réelles, il procède à des raccourcis dont l’invraisemblance est certes compatible avec l’atmosphère de folie qui règne autour du dictateur – ne dit-on pas que la réalité dépasse souvent la fiction –, mais penche aussi quelquefois vers les défauts d’une réécriture hollywoodienne simplifiante.
Le dénouement, notamment, est assez bâclé, et pourrait figurer dans une série B. Pour obtenir une ‘happy end’, les scénaristes ont visiblement forcé l’évasion du héros pris dans une situation devenue inextricable. Le tour de passe-passe final est cousu de fil blanc. Le personnage réel sur lequel a été modelé Garrigan dû, lui, croupir quelques années dans les geôles Ougandiennes avant son retour au pays…

Restent le bonheur d’une admirable leçon sur la corruption et les illusions de jeunesse sur la vie facile, accompagné de la performance magistrale de Whitaker, deux raisons amplement suffisantes pour aller voir ce film.

Le Dernier Roi d'Ecosse sur imdb

Note : 12,5/20

 a repris cet article


Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 18 février 2007

Paul Thomas Anderson, réalisateur – entre autres films – de Magnolia, nous raconte ici l’histoire d’un amour qui fait franchir les océans et tomber les murailles, alternant comédie et drame, violence et tendresse, sordide et magique.


L’intrigue : Barry Egan (Adam Sandler) est un jeune homme engagé dans la poursuite du rêve américain. Il doit faire face à nombre de difficultés, dont la moindre n'est pas la bonne marche de sa petite entreprise. Non, le plus gros problème, c’est plutôt lui. Elevé comme petit dernier, entouré de ses sept sœurs, il a bien du mal à s’affirmer. Sa vie est une suite de crises de délire, de moments de répit, et d’accès de violence incontrôlés.

Et les choses ne s’arrangent pas quand un malfrat d'envergure incertaine (Philip Seymour Hoffman) commence à le faire chanter dans une affaire de sexe par téléphone.

Une de ses sœurs le présente alors à une improbable ‘date’, Lena (Emily Watson)…


On le voit, Barry n’est pas un jeune homme ordinaire. Il pourrait même facilement inspirer le rejet au spectateur.

Mais en fournissant notamment des personnages et des intrigues secondaires aux petits oignons (les scénettes sur le thème du fonctionnement de la petite société par exemple), le réalisateur réussit à donner à la vie et aux préoccupations de l’entrepreneur paumé une réalité saisissante au sens propre.

Dans l’attente d’une intrigue principale linéaire ‘classique’, on est bien au début un peu désorienté par un foisonnement d’images et de séquences qui sont autant de pistes potentielles. Rêve ou réalité ? Participent-elles de l’histoire qu’Anderson veut raconter, ou ne présentent-elles qu’une divagation de l’artiste?

Mais peu à peu, leurs textures et imbrications nous apportant un fond continu de distractions et d’anecdotes, nous plongeons au plus profond de l’intimité même du personnage principal.

Par cette technique admirablement maîtrisée, on partage vite les inquiétudes, les rêves, les fantasmes, les incertitudes aussi, d’un Barry pourtant complètement décalé.

Et le suspense devient permanent, toujours alimenté par l’intrigue générale et les histoires secondaires certes, mais aussi par la folie et les coups de tête des personnages, et enfin – et surtout – par l’amour démesuré qui grandit entre eux.


Maintenus en haleine de main de maître, nous tremblons pour le couple formé par Barry et Lena. Survivra-t-il à un monde si hostile ? Aux errements de ses propres protagonistes ?

Amis romantiques, réjouissez-vous, une nouvelle dose de votre émotion favorite est en ville…

Note : 15/20

Punch-Drunk Love sur imdb

Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Mardi 13 février 2007
Bolivie, Novembre 2005

Elle va de La Paz à Coroico

Finit très bas commence très haut


Route la plus dangereuse du monde

Pour les touristes qui la prennent

C’est aussi plus qu’un sentier de ronde

Aux dires des indigènes


Croix et calvaires tout du long,

Peur de rouler tout au fond


Parce qu’on risque de s’y casser le cou

L'aventure est à l'un de ses bouts

Par Eddl - Publié dans : Images d'ailleurs
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