Ach, sacrée DDR ! A cette époque-là, le peuple vivait une vie certes pas facile tous les jours, mais hors des incertitudes et du stress induits par le capitalisme et sa Loi du Marché. L’égalité forcée écornait peut-être quelques petits ambitions ou orgueils personnels, le sens de l’humour n’était sans doute pas le même qu’aujourd’hui ; mais le flambeau porté à bout de bras par la fière patrie, lui, était toujours bien là, guidant éternellement les consciences et les âmes vers des valeurs sans équivoque et sans compromis : travail, patrie, socialisme, communisme et autres ‘ismes’.
‘La vie des autres’ (‘Das leben der Anderen’) arrive à point pour remettre les pendules à l’heure.
Face à la mode ‘ostalgique’ qui a réussi à générer quelques bonnes et plaisantes comédies comme ‘Goodbye Lenin’ ou ‘Sonnenallee’, et même à ressusciter le Vita-Cola (ersatz de Coca-Cola inventé par la Deutsche Demokratische Republik pour tenter de concurrencer ce dernier), Florian Henckel von Donnersmack, réalisateur, nous rappelle que non, décidément non, tout n’était pas rose en ce temps-là.
Son film décrypte le fonctionnement d’un état-policier dans toute son horreur à travers l’histoire d’un capitaine de la sinistre officine, serviteur dévoué du régime (Ulrich Mühe) Celui-ci est chargé par des supérieurs pourris jusqu’à l’os d’espionner un dramaturge idéaliste et irréprochable (Sebastian Koch, déjà remarqué dans ‘Black Book’ de Verhoeven). A l’insu de l’écrivain, le policier entrera en sympathie avec lui, allant finalement jusqu’à couvrir ses activités quand il trahit finalement le régime.
Von Donnersmack décrit fidèlement les rouages d’un système qui réunissait tout de même dans ses plus belles années quelques 91 000 employés à plein temps et 175 000 informateurs (triste record pour un total de moins de 17 millions d’habitants), occupés à espionner qui son voisin, qui son mari, qui son collègue.
L’hyperréalisme de la mise en scène, les couleurs (ou plutôt l’absence de) y sont pour beaucoup dans l’impact du film. Les rues et les bars sont quasi-déserts, les voitures rares et souvent minables, les intérieurs pauvres et dépouillés, les gens laids, la dépression générale palpable. Mais même étouffée sous ces contraintes, la vie est là qui résiste, qui persiste à unir et désunir des destins, à chercher le fraternel et le beau.
On dépasse ici la dimension documentaire, narrative ou factuelle du film d’espionnage pour passer à un message beaucoup plus profond sur la valeur des idées et des gens qui les agitent ou les utilisent.
Dans la même veine, la justesse et la sobriété du jeu de l’officier contribuent à faire surgir l’émotion à partir de ses expressions les plus minimes. La scène finale en est particulièrement touchante.
Reste que cette belle histoire n’est malheureusement qu’une fable. Pour l’anecdote, l’autorisation de filmer dans les véritables locaux de la prison de la Stasi fut refusée au cinéaste. Pour la raison qu’il n’existe pas d’exemple connu d’officier du service de renseignement ayant protégé une personne qu’il espionnait. A bon entendeur…
Note : 14/20
Russie, Août 2004
Forest Whitaker nous livre ici une nouvelle performance inoubliable (souvenez-vous de "Ghost Dog: Way of the Samurai" par exemple) en jouant un dictateur très crédible, tour à tour affable et sanguinaire, joueur, séducteur, bouffon, puis sadique et pervers ; un tyran qui alterne magnifiquement le chaud et le froid pour jouer avec ses sujets comme un chat joue avec une souris. Son jeu est certainement digne de sa nomination aux Oscars 2007.
Paul Thomas Anderson, réalisateur – entre autres films – de Magnolia, nous raconte ici l’histoire d’un amour qui fait franchir les océans et tomber les murailles, alternant comédie et drame, violence et tendresse, sordide et magique.
Bolivie, Novembre 2005
