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Jeudi 8 mars 2007
Paris, Avril 2005

Que n'ai-je fait,
Que n'ai-je dit,
Pourquoi ce secret,
Pourquoi ces dédits

Et cet oiseau qui se moque,
Et cette mouette qui rie,
Je suis une loque,
Je suis un débris

Qu'enfin vienne la pluie
Qui chassera cet oiseau tant honni
par Eddl publié dans : Images d'ailleurs
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Mardi 6 mars 2007
Dawn Wiener (l’attachante et crédible Heather Matarazzo) est une petite fille d’une douzaine d’année. Elle vit dans une banlieue américaine du New Jersey typique, avec ses parents, son grand frère Mark, dont la seule obsession est d’avoir d’assez bonnes notes pour entrer à l’université, et sa petite sœur Missy, la petite dernière, chouchoute de la famille, dont la principale occupation est de se balader en tutu dans la maison cherchant des noises à sa sœur.
Malheureusement pour Dawn, sa beauté est, disons, de type ’intérieur’, et tous le lui font bien sentir. L’école, qui aurait pu être un refuge, ne lui est qu’une autre vie de souffre-douleur. Son existence n’est donc que rebuffades, brimades et injustices, parsemées de quelques pépites d’espoir vite enterrées.

Ce synopsis aurait dû aboutir à un film larmoyant et déprimant. Todd Solondz, en réalisant ‘Welcome to the Dollhouse’ (ou ‘Bienvenue à l’âge ingrat’ dans sa traduction française), en a tiré une comédie noire, acide et émouvante, son premier succès, précurseur par ses thèmes comme par leur traitement des suivants (‘Happiness’, ‘Storytelling’…)

Triste farce ? Non. En nous faisant partager les états d’âme d’une petite fille rejetée par tous, il écrit une satyre de la vie familiale avec ses déviations et ses malentendus. La profondeur psychologique et émotionnelle de l’analyse incite à une réflexion beaucoup plus générale sur la société, les rapports de domination qu’elle impose et qui déforment dès l’enfance, ses conflits avec la morale qu ‘elle professe.
Comme se font et se défont ses liens avec les autres marginaux du système, comment les humiliations mènent au dépit, puis au mal (provoquant presque dans l’histoire le kidnapping de sa petite sœur), comment la faiblesse d’une enfant peut renforcer toutes ces frustrations et la plonger dans un véritable cercle vicieux : toute une enfance mal vécue nous est exposée sans complaisance et sans complexe. Mal vécue, mais si drôle à regarder !

Certes, le rire est ici souvent issu de situations cruelles, mais en allant sans pitié au bout de la caricature, Todd Solondz recrée une part des fantasmes de parents ineptes et tyranniques qui dort plus ou moins en chacun de nous. Il atteint une vérité psychologique absente de la plupart des bonbons sucrés et consensuels proposés par Hollywood.
Et, remarquons-le pour les âmes les plus sensibles, le spectateur est bien loin de mépriser Dawn.

Souvent comparé à ‘Napoleon Dynamite’ de Jared Hess (qui lui est postérieur), ce film se rapproche également de l’excellent et plus récent ‘Little Miss Sunshine’. L’humour de ‘Welcome to the Dollhouse’ est cependant beaucoup plus cynique et percutant. Plus perturbant aussi, notamment par la violence des situations et leur développement à l’intérieur même de la famille.

Un Grand Prix du Jury du festival de Sundance et prix du Jury de Deauville 1996 à découvrir ou à revoir donc, ne serait-ce pour (re)goûter aux grands moments de solitude de la petite Dawn !

Note : 15,5/20

Welcome to the Dollhouse sur imdb
par Eddl publié dans : Cinéma
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Dimanche 4 mars 2007

Souvenez-vous : ‘Le Faucon Maltais’, ‘Les 39 marches’, ‘Laura’, ‘Le Troisième Homme’… autant de références à un parfum lourd, asphyxiant, prégnant, rarement égalé depuis. Celui qui embaume les films d’espionnage et les films noirs des années 30 et 40.

Dans sa dernière œuvre , ‘The Good German’ (en français : ‘l’Ami Allemand’, un mystère de plus dans la série des traductions improbables de titres de films), Steven Soderbergh, réalisateur de longs métrages aussi réussis et divers que ‘Sexe, Mensonges et Vidéo’, ‘Traffic’ et ‘Ocean’s Eleven’, rend hommage à cette époque et tente de nous en faire retrouver les saveurs dans une nouvelle perspective, celle d’une liberté scénaristique inédite alors : oubliées les restrictions du fameux code Hays, qui donnait le la en matière de savoir-vivre sur les écrans américains jusque dans les années 60.
Partir des mêmes ingrédients, suivre les mêmes recettes sur une histoire originale : le résultat est surprenant et déconcertant.

Sur le plan technique, le réalisateur est logiquement revenu aux méthodes de l’Hollywood d’antan, renouvelées à l’occasion avec des remèdes des temps présents. Le spectateur retrouve ainsi le bon vieux noir et blanc, même si le tournage s’est fait en couleurs afin de trouver le grain voulu (méthode déjà employée par Soderbergh dans une de ses co-productions récentes, ‘Good Night, and Good Luck’). Les éclairages diffus, les champs et contre-champs classiques, les balades en voiture avec vieux film en toile de fond… rien à dire là-dessus, les moyens ont été réunis, le travail intelligemment pensé, préparé et exécuté pour espérer pouvoir aboutir à nous faire vivre un excellent moment de nostalgie.

L’intrigue est alambiquée à souhait. L’action se déroule dans le Berlin d’après la chute du Troisième Reich, alors que le Japon attend la Bombe. Le correspondant Jake Heismer (George Clooney) arrive dans une ville dévastée qu’il avait bien connue avant la guerre. Le chauffeur qui lui est attribué, Tully (Tobey Maguire, peu convaincant en GI magouilleur et brutal), se révèle être l’amant d’une allemande que le journaliste a aimé dans le temps, Lena Brandt (Cate Blanchett, femme fatale envoûtante à souhait). Celle-ci tente de survivre dans un pays à l'agonie, au gré de compromissions inévitables, comme elle l’a aussi peut-être déjà fait sous le régime nazi. On pense évidemment à ‘Casablanca’, une des nombreuses références du film.
Sur fond de partage des dépouilles nauséabondes de l’Allemagne par les alliés, Jake est donc conduit à enquêter sur des faits auxquels il ne comprend pas, manipulé par tous, dans un univers où le noir côtoie au mieux le gris.

Un travail aux petits oignons, un scénario qui aurait pu se révéler passionnant, un casting alléchant… Et pourtant l’intérêt ne parvient à décoller que pour retomber quelques minutes plus tard, l’ennui gagne, les voisins s’assoupissent. La sauce ne prend pas.
En effet, trop riche, alourdi par une foultitude de références politiques, historiques et cinématographiques, ces dernières dans des domaines aussi variés que l’émotion, l’espionnage et le policier, le film n’arrive pas à dégager un fil conducteur clair sur lequel le spectateur pourrait se caler.
Les acteurs eux-mêmes, aussi talentueux soient-ils, étouffent sous l’abondance de possibilités de jeu. Leurs personnages hésitent entre prétextes à une leçon d’histoire et de morale, incarnations des héros d’une aventure sentimentale et hommage aux monstres sacrés. A ne pas choisir, ils restent sur place.

Dommage, les composants d’un exercice passionnant de recréation d’un style devenu mythique étaient là. Une opportunité manquée.
D’autres, peut-être moins ambitieux – ou plus lucides –, ont réussi dans cette entreprise, avec une originalité de traitement qui leur a conféré un vrai succès. On pense à des œuvres aussi diverses que ‘Chinatown’, ‘Les cadavres ne portent pas de costards’, ‘LA Confidential’…
Ce film nous donnera au moins envie d’aller les (re)découvrir, tout comme les modèles qui les ont inspirés.

Note: 10/20

par Eddl publié dans : Cinéma
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Jeudi 1 mars 2007
Lac Baïkal, Sibérie, Août 2004
Shaman et sorcière
Le lierre pénètrerait la pierre
Délivrés ou peut-être damnés
Hésitant devant l'éternité
par Eddl publié dans : Images d'ailleurs
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Mardi 27 février 2007

Nouvelle gageure de Mel Gibson, réalisateur enragé : après la Passion du Christ, tourné en araméen, latin et hébreux, qui abordait les origines de la chrétienté, il s’attaque aux derniers temps des Amériques précolombiennes, avec un film cette fois en maya yucathèque, langue encore parlée par moins d’un millions de personnes au Mexique.

Comment, dans ces conditions, est-il parvenu à séduire une deuxième fois des spectateurs américains allergiques au sous-titre comme au doublage ? Car il y est bien arrivé, avec un niveau respectable de recettes à 15 millions de dollars pour son week-end de sortie aux US (les Initiés : 27 millions) et un record pour un film en langue étrangère à Londres pour son week-end de sortie également (1.3 million de livres)

Pourtant, ici, pas de relecture controversée d’une histoire sacrée qui pourrait déclencher une polémique et générer un ‘buzz’ intéressant d’un point de vue marketing, et abandonné le parfum d’intégrisme religieux qui avait tant fait débat pour la Passion du Christ.

Non, en fait Mel Gibson a recourt aux vieilles ficelles scénaristiques qui ont fait le succès de beaucoup de ses films précédents (Payback, la Rançon, les Armes Fatales…) : dans un première moitié, un brave garçon menant une petite vie pèpère est sérieusement embêté/ capturé/ torturé par une bande de durs à cuire psychopathes (on relèvera que pour cette partie la Passion du Christ utilise le même schéma) ; dans la seconde, le brave garçon en question se révèle être un redoutable adversaire et anéanti sans pitié tous ses agresseurs, sauvant les siens qui n’avaient pas été anéantis plus tôt. La structure de nombre westerns classiques en somme, replacée dans la civilisation maya juste au moment de l’arrivée des Espagnols.

Bon, mais mis à part le moral des spectateurs requinqué, que nous apporte-t-il de plus ?

D’abord pas mal de sang et de violence, de la cruauté aussi. La vie, la pitié, l’amour ne valent pas grand’chose dans la civilisation décrite. C’est le prétexte à la citation censée inciter à la réflexion – mais on n’ira pas trop loin dans ce sens, pas d’inquiétude à avoir – qui présente le film : « Une grande civilisation n’est conquise de l’extérieur que si elle est détruite de l’intérieur » Prétexte aussi à des flots d’hémoglobine et moult décapitations.

Le réalisme historique, s’il est prétendu – et l’utilisation d’une langue presque éteinte y contribue –, n’est pas l’objet du réalisateur. Réalisme d’ailleurs tout relatif. L’histoire est supposée se placer chez les mayas, mais les sacrifices humains au cœur du scénario sont réputés pour avoir lieu chez les aztèques, les raccourcis géographiques sont invraisemblables, les époques, civilisations et tatouages précolombiens sont mélangés, et les spécialistes relèveront çà et là d’autres anachronismes.

Non, l’intérêt de ce film, et qui en a fait son succès, c’est, cette fois pour le meilleur, une bonne dose de rêve et d’aventure au pays des mayas.

Des images et des couleurs sublimes, une forêt vierge pleine de dangers et de trésors, des malédictions et des sorciers en veux-tu en voilà, des méchants magnifiquement accoutrés, aux visages taillés à coups de serpe (on remarquera l’imposant Raoul Trujillo)… Une occasion magnifique de revivre les romans et les bandes dessinées de son enfance.

Alors, après tout, tant pis si l’histoire est simplette et la vérité historique tronquée. L’imaginaire, la magie, le rêve, avec leurs moments d’horreur, de délice, de bonheur, resteront avec le spectateur pendant plus de deux heures, pour aboutir à une fin heureuse. Un bon moment de délassement si on n’est pas trop regardant.

Note : 11,5/20

Apocalypto sur imdb

par Eddl publié dans : Cinéma
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