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Jeudi 22 mars 2007

Encore un film qui a récolté quelques prix – c’est la saison qui le veut!

César 2007 du meilleur réalisateur et Prix Jacques Deray 2006, ‘Ne le dis à personne’ est le second long métrage de Guillaume Canet (le premier, ‘Mon Idole’, avait déjà été nominé pour deux Césars en 2002) Celui-ci prouve ici qu’il est non seulement un acteur accompli (on se souvient du superbe ‘Jeux d’enfants’ de Yann Samuell), mais aussi un réalisateur assez aguerri pour se lancer dans le tournage d’un thriller de 125 minutes.
On admettra d’ailleurs sans problème qu’il s’est dans l’ensemble bien tiré de cette tâche, même si la pluie d’éloges qui a accompagné le lancement du film, en France du moins, semble excessive.
Le scénario a été tiré d’un roman éponyme d’Harlan Coben, dont l’action se déroulait logiquement aux Etats-Unis. Canet a transposé le tout en France.
Le docteur Beck (François Cluzet, impeccable) a perdu sa femme et amour d’enfance Margot (Marie-Josée Croze), victime d’un tueur en série. Il a lui-même réchappé miraculeusement au drame dans des circonstances peu claires. Huit ans après jour pour jour, il reçoit un mail lui donnant rendez-vous sur une caméra du web, et là, il aperçoit son épouse décédée, apparemment vivante. S’ensuit une course-poursuite pour retrouver Margot, dans laquelle interviendront voyous des cités, tueurs professionnels, policiers, gendarmes et autres personnages en tous genres. Les rebondissements se multiplient jusqu’au dénouement.
Outre François Cluzet, le tournage a réuni une solide équipe d’acteurs réputés, dans de petits et de grands rôles (Jean Rochefort, Nathalie Baye, André Dussolier, Kristin Scott-Thomas…), chacun donnant une profondeur réelle au personnage qu’il ou elle incarne.

Un scénario tiré d’un best-seller international, une distribution sans faille, et pourtant nous restons sur notre faim.
Pourquoi ?
D’une part, la multitude de pistes et de verrues ajoutées à l’histoire sont autant de distractions pour le spectateur égaré dans des détails qui n’apportent rien à l’intrigue centrale (la neutralisation du chien du docteur est un exemple de ces passages gratuits censés rythmer l’action mais qui en fait l’entravent). L'histoire est certes intelligente, mais inutilement compliquée d’ajouts qui alourdissent le suspense et le rendent moins crédible. Trop de questions sont soulevées, trop de personnages avec chacun son petit travers fignolé : ce qui n’était au départ qu’une volonté de perfectionnisme de Guillaume Canet finit par ralentir la cadence du thriller.
D’autre part, le saupoudrage de clichés sur lesquels sont basés les personnages dégage un parfum de film de série B. Le réalisateur a indiscutablement mis beaucoup de lui-même et de ses sensibilités dans son ouvrage, ce qui fait osciller le tout entre une poursuite effrénée à l’américaine (le roman initial), des réminiscences kitscho-romantiques (dans lesquelles on imagine l’apport personnel de Canet) et une série policière cocorico (conséquence inévitable des uniformes français). On est déçu de ne pouvoir choisir.
Certains noms propres ayant été conservés dans l’adaptation du roman (le lac Charmaine par exemple), ajoutant au tout une bizarrerie qui alourdit les clichés. La bande-son, notamment dans les passages d’émotion, souligne encore trop l’ambiance.

Reste que malgré ces quelques imperfections, et si l’on n’est pas trop difficile, on sera pris par l’action, les aventures du docteur Beck, et le jeu de tous ces comédiens talentueux.
Alors si vous cherchez un thriller français correct sans être époustouflant, n’hésitez plus, vous passerez une bonne soirée avec ‘Ne le dis à personne’.

Note : 11/20

Ne le dis à personne sur imdb
Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Mardi 20 mars 2007

L’année 2006 aura été, après cinq nominations, celle de la consécration par l’Oscar pour Martin Scorsese. Enfin reconnu par ses pairs, il aura en effet remporté quatre oscars pour son dernier film, ‘The Departed’ (traduit par ‘Les Initiés’ en français), qui l’a donc mené plus loin que plus de quarante ans de réalisation pourtant jonchés de chefs d’œuvre.

Pour gagner ces précieux trophées, Scorsese est retourné à l’un de ses thèmes favoris : la mafia, en partant d’un film de Hong-Kong : ‘Internal Affairs’. Ce succès mondial, réalisé par Wai Keung Lau en 2002, a lui-même engendré deux suites (‘Internal Affairs’ II et III). Le cœur de l’action en était la lutte entre la police et les triades. Scorsese, ou plutôt son scénariste William Monahan, a déplacé l’intrigue à Boston, en utilisant comme modèle des figures plus ou moins connues de la pègre locale. Ainsi, le personnage du parrain Frank Costello, incarné par Jack Nicholson, est-il basé sur James ‘Whitey’ Bulger, un méchant bien réel actuellement sur la liste des dix criminels les plus recherchés par le FBI.

L’histoire ? Le fameux Frank, patron du milieu à Boston, place un de ses meilleurs éléments, Colin Sullivan (Matt Damon), dès son plus jeune âge, dans la police, tandis que parallèlement, le Capitaine Queenan, qui dirige les Affaires Spéciales, fait de même dans la pègre avec Billy Costigan (Leonardo DiCaprio) S’engage alors une course contre la montre entre les deux taupes qui tentent chacune de démasquer leur nemesis. La tension se développe tandis que les deux ennemis se frôlent, s’évitent, se croisent et se recroisent. La confrontation finale et inévitable explose au terme de multiples rebondissements et coups de théâtre.

La réalisation est bien sûr impeccable : Scorsese démontre une fois de plus qu’il est l’un des maîtres incontestés du film policier ou à suspense actuels.

Le jeu des acteurs est à sa hauteur. Matt Damon, Mark Wahlberg, Martin Sheen, Alec Baldwin, aussi talentueux soient-ils, sont à la lutte pour ne pas perdre pied face aux grands numéros d’acteurs de DiCaprio, qui prouve à nouveau ici qu’il peut jouer à la perfection autre chose que les petits minets, et surtout à Jack Nicholson, qui même quand il semble ne rien faire, absorbe complètement l’écran.

Peu de temps morts, un suspense constant, des personnages bien travaillés et interprétés… ‘The Departed’ est sans conteste un excellent film policier.

Mais, mieux que ‘Taxi Driver’, ‘Raging Bull’, ‘Goodfellas’, ‘Casino’ ou autres ‘the Aviator’, comme le verdict des Oscars pourrait le laisser penser?

Non. Pour arriver au niveau de ces chefs d’œuvre, en manque malheureusement le souffle épique qui les anime : la folie et la démesure qu’on trouve dans les personnages principaux de ces réussites. Travis Bickle, Jake La Motta, Tommy DeVito, Ginger McKenna et Howard Hughes présentaient tous des traits et des destinées qui marqueront à jamais ceux qui les ont côtoyés quelques heures. Certes, le personnage incarné par Jack Nicholson en est pourvu, et il fait d’ailleurs une grande part de l’intérêt du film, mais il n’est pas vraiment au centre de l’action.

Ici, on reste au niveau du film de genre, excellent certes, parfait peut-être, mais hélas trop pâle et classique pour avoir le petit plus qui fait basculer vers l’inoubliable.

Couronnement mérité donc pour Scorsese, mais pas pour cet opus.

Note : 14/20

The Departed sur imdb
Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Dimanche 18 mars 2007

Deux fois par semaine
Pas une de plus, pas une de moins

Vingt minutes d'arrêt
Pas une de plus, pas une de moins

Avant le chapitre XCVIII
Là s'arrête le train

De la ville mongole
Nous seront témoins

Et par les fenêtres translucides
Ils n'apercevront que quelques brins

Vies et mondes
Dont ne sont connus presque rien

Le quai est le voile
qui séparera les destins

Ensuite le chapitre XCIX
Et chacun reprendra son chemin


Tous auront appris enfin

Une gare en Mongolie,  Août 2004
Par Eddl - Publié dans : Images d'ailleurs
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Mercredi 14 mars 2007
Olive Hoover (Abigail Breslin, fulgurante de spontanéité) a 7 ans, et comme beaucoup de petites filles du monde entier, un rêve en tête : devenir miss. Cet idéal est sur le point de devenir réalité, car elle vient d’être sélectionnée de manière inattendue pour la finale d’un concours de beauté pour enfants.
Pour s’y rendre, toute sa famille va l’accompagner à travers les Etats-Unis dans un vieux minibus jaune VW, faute d’autre moyen. Une famille composée d’éléments totalement hétéroclites : un grand-père libidineux, et accessoirement entraîneur d’Olive (Alan Arkin) ; un père qui tente de vivre les valeurs du self-made man américain (Greg Kinnear) ; un frère aspirant pilote de jet plongé dans un mélange de dépression et de haine de la société (Paul Dano) ; un oncle suicidaire homosexuel spécialiste de Proust (Steve Carrell) et une mère fatiguée de tenir cette équipe de bras cassés au bord de l’explosion (Toni Collette)

Comme on le voit, Jonathan Dayton et Valerie Faris ont réalisé ‘Little Miss Sunshine’, leur premier long métrage commun avec Michael Arndt, scénariste (oscarisé à la suite de cette opération), en réunissant dans un road movie toute une brochette pimentée de personnages variés et atypiques qui n’ont a priori rien à faire ensemble. Tous les facteurs sont habilement réunis pour provoquer un feu d’artifice de malentendus détonants, de moments de pure comédie, de disputes fécondes en bons mots et bonnes vérités, et de confessions émouvantes. Recette facile d’un succès annoncé ?
Peut-être, mais le résultat est là : on ne s’ennuie pas une seule seconde devant les tribulations de la famille Hoover.
Qui plus est, le casting excellent d’acteurs qui les incarne, composé de seconds rôles du cinéma américain, trouve là une occasion idéale de prouver sa valeur. Du plus petit au plus grand, tous ont l’opportunité de développer dans au moins une scène une personnalité extrême, déjantée, ou dans une situation impossible. Et nous n’avons plus qu’à nous laisser porter par chacun des désirs, aspirations et problèmes existentiels respectifs de ses membres au cours de ce voyage. Un régal ! Pris dans leurs tourments, nous partageons leurs émotions et nous identifions à chacun tour à tour.

Sur le fond des messages ou de la morale transmise, le ton est critique sur les valeurs habituellement mises en exergue dans les descriptions de l’Amérique traditionnelle. Les personnages garants des valeurs traditionnelles sont tournés en dérision, et tous les héros, profondément en décalage avec la norme, tentent au mieux de leurs capacités de vivre au sein d’un monde qui les opprime. Un discours sous-jacent qui tranche avec la plupart des films traditionnels américains, mais qui a déjà été exploité dans nombre de productions semi ou complètement indépendantes.
C’est aussi l’un des ingrédients qui font le succès de ce film aux USA comme ailleurs, au-delà du créneau habituel des ‘indy-movies’. Loin de l’image d’arrogance et de conquête du monde de l’Amérique Bushienne, ‘Little Miss Sunshine’ est un symbole de réconciliation qui arrive à point nommé. Il vient soigner les plaies internes et externes à un univers américain en crise, et aider à nous faire croire que nous pouvons tous, quelque torturé que l’on soit, vivre, en harmonie avec l’Autre comme avec nous-même.

Un message d’optimisme ici si bien traité qu’il ne pourra que réjouir petits et grands.

Note : 15/20

Little Miss Sunshine sur imdb
Par Eddl - Publié dans : Cinéma
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Lundi 12 mars 2007

Meurtres de la Princesse Juive : un titre bien provocateur. Qu’est-ce que cela vous évoque ?
Surgissent peut-être, pêle-mêle, images de couteau, de sang, de couronne, de Salomé dansant pour avoir la tête de l’infortuné Jean-Baptiste…
En fait, une Princesse Juive, c’est aussi une JAP, acronyme pour Jewish American Princess, un stéréotype US datant des années 60-70 dont les valeurs morales essentielles reposent dans le shopping, la manucure, la chirurgie esthétique, et éventuellement la psychanalyse.
Cet enfant gâté de la société de consommation, ancêtre de Paris Hilton, est une des nombreuses clés de la vision d’Armando Llamas sur les années 80, développée dans sa pièce très riche jouée en ce moment au Théâtre de la Tempête à la Cartoucherie.

Les destins d’une foultitude de personnages (35 au total, chacun remarquablement doté d’un caractère propre et marquant) s’y croisent et s’y décroisent au gré des errances de tous, çà et là, sur une planète - terrain de jeu, du terminal international d’Abu Dhabi à un petit troquet du dixième arrondissement, en passant par le Pakistan, Budapest et Hiroshima.
Chacun, à l’instar de ces princesses juives, incarne un stéréotype qui, mis en présence de l’Autre par la grâce des voyages intercontinentaux qui se généralisent, va tenter d’entrer en rapport avec Lui, pour le plus souvent aboutir à un lamentable naufrage personnel. Viendra alors l’inévitable, fuite exclue : le rapport tant désiré de fraternité devient conflit, l’échange tourne au contrôle, et il ne s’agit plus alors pour ces infortunés que de choisir leur camp : souffrir ou faire souffrir, tuer ou être tué. Et de tenter pour trouver son bonheur d’en prendre son parti, masochiste ou sadique selon qu’on s’est retrouvé proie ou prédateur.
Tous, personnages et spectateurs, pourront utiliser leur propre grille d’analyse sur chaque situation. Des schémas émergent bien de l’affrontement général, mais à première vue, dans la mêlée, bien malin ou chanceux celui qui pourra en tirer une leçon de conduite et s’en tirer à bon compte. Des princesses de toutes religions – divines comme commerciales – élevées dans un féminisme des années 70 castrateur se répandent sur la planète et y déversent leur égoïsme, des american psychos – suisses pour l’occasion – bien propres sur eux dépècent des routards en quête d’expérience, des maris musulmans battent leur épouse hindoue, des femmes françaises exhalent la haine et la rancœur au fond de leur banlieue… La fraternité ne semble pouvoir provenir que de contacts où l’on se côtoie sans se voir et se croise sans se toucher.
Et pourtant, les moments de communion, produits par l’inattendu, et souvent éphémères, sont là en contrepoint pour illuminer l’ensemble et lui donner toute sa valeur.

Quatorze tableaux, des scènes en anglais, mais aussi en ourdou, hongrois, serbo-croate, une dizaine de lieux, plus de deux heures de pièce… Comme on peut l’imaginer, un monde si foisonnant et si complexe présente une multitude de défis à la mise en scène. Philippe Adrien, Guillaume Marquet et Alix Poisson les relèvent brillamment.
Grâce à l’alternance de techniques toutes maîtrisées : danse, percussions (qui rythment impeccablement la plupart des tableaux et transitions), chant, vidéo, à des décors un peu criards mais efficaces et représentatifs de ces années-là, et surtout à l’énergie d’une troupe qui transmet sa joie d’être sur scène et sublime le tout, le spectateur goûte avec plaisir à la plupart des  saynètes.
On se souviendra avec bonheur par exemple de la béatitude imbécile du travailleur humanitaire au Pakistan, des états d’âme de la femme de Marne-La-Vallée, de l’explosion subite et contagieuse d’amour dans le bistro parisien, ou de la scène de ménage à Hiroshima… Tous ou presque seront crédibles jusque dans leurs excès.

Les émotions variées et contradictoires se succèdent ainsi jusqu’au final. Rire, émotion, poésie, angoisse, amour, nostalgie habillent heureusement la salle à l’unisson. Nous en sortirons avec la joie d’avoir voyagé dans tant d’endroits différents, et rencontré tant de personnages colorés : gentils ou méchants, beaux ou laids, mais qui ne laissent pas indifférent !

‘Meurtres de la Princesse Juive’, de Armando Llamas, mise en scène Philippe Adrien en collaboration avec Guillaume Marquet et Alix Poisson, avec Naidra Ayadi, Jean-Pierre Becker, Dominik Bernard, Elise Bertero, Sarajeanne Drillaud, Nathan Gabily, Benjamin Guillard, Audrey Lamy, Matthieu Marie, Guillaume Marquet, Solveig Maupu, Alix Poisson, Alexandrine Serre, jusqu’au 8 avril 2007 au théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes)

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Par Eddl - Publié dans : Théâtre
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