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Mardi 10 avril 2007
Clint Eastwood tente un diptyque original avec ‘Flags of our Fathers ‘ et ‘Letters from Iwo Jima’. Il relate dans ces deux opus la bataille d’Iwo Jima vue des deux parties en présence : américains et japonais.
‘Letters from Iwo Jima’ est la vision japonaise du conflit.
Un américain tente donc de raconter dans un film tourné en japonais (la mode, décidément, est aux sous-titres… cf. l’Apocalypto de Mel Gibson) une guerre pas si vieille que ça à des spectateurs du monde entier, compatriotes et anciens ennemis. Autant dire que l'ancien acteur ne s’attaque pas à une tâche des plus simples.

Difficile en effet pour un réalisateur américain de représenter un combat si célèbre du point de vue d’un adversaire sans risquer le barbarisme.
Ardue également pour un spectateur européen la tentative de juger de la vraisemblance de cette représentation. Les japonais ont nombre de stéréotypes sur le dos, qui rendent cet effort compliqué. Ici on croira voir une caricature dans ce qui n’est que la retranscription de la réalité, et là la lisibilité du scénario, l’incarnation des personnages entraîneront inévitablement des simplifications qui passeront inaperçues parce qu’habituelles pour un occidental, mais pourront choquer un japonais au fait de la chose.

Mais l’histoire, d’abord : Iwo Jima est une île volcanique située à environ 1100 kilomètres au sud de Tokyo. En 1945, une base aérienne nippone s’y trouve qui, si elle est capturée par les américains, leur permettra de bombarder l’archipel ennemi tout à loisir. Etape suivante logiquement de leur progression dans le pacifique, c’est aussi et surtout un symbole fort : première île du territoire japonais à être envahie, sa conquête sera un coup terrible au moral des japonais et fournira aux experts US une évaluation des efforts à fournir pour écraser le pays tout entier. Les deux ennemis sont conscients des enjeux, et feront tout pour en faire un exemple.
Face à l’impressionnante puissance de la machine de guerre américaine, le Japon épuisé rassemble donc 22,000 hommes qui s’enterrent dans l’île. Du 19 février au 25 mars 1945, ils la défendront jusqu’au bout, sans support naval ni aérien, infligeant de lourdes pertes aux marines. Ne resteront que 216 survivants prisonniers à l’issue de combats acharnés.

Eastwood nous fait  vivre à la perfection cette bataille par un fil somme toute classique, en suivant plus particulièrement deux personnages, l’un tout en haut de la hiérarchie, l’autre au plus bas. Un troufion plutôt défaitiste et tire-au-flanc, Saigo (Kazunari Ninomiya), boulanger de métier, croisera et recroisera donc l’officier nippon en charge de la défense de l’île, le général Kuribayashi (Ken Watanabe, déjà remarqué dans ‘Memoirs of a Geisha’ et ‘The Last Samurai’), du début à la fin de la narration.
L’action est bien filmée, la guerre présente, les faits relatés avec suffisamment de précision pour éviter les contresens, tout en conservant la vérité historique. Par la qualité de la reconstitution, l’excellent jeu des acteurs, la magie du cinéma opère, et nous réussissons à passer de l’autre côté : nous croire un moment, nous aussi, pris au piège.

Mais au-delà de l’intérêt narratif de la reconstitution, le réalisateur propose d’aller plus loin dans la réflexion. Il nous fait suivre des hommes qui sont dans une situation extrême : ils savent en effet presque depuis le début qu’ils sont condamnés à mourir. Il serait alors facile de tomber dans le culte du héros, comme ils y sont encouragés. Mais dès les premières scènes, les soldats réalisent que la guerre n’est pas belle, et que la majorité des problèmes auxquels ils feront face seront bien terre à terre. Comme si l’ennemi ne suffisait pas, la dysenterie, les ordres contradictoires, les brimades, les stratégies inutilement suicidaires sont autant de dangers supplémentaires pour l’individu qui n’ont rien d’exaltant.
Face à une pression physique et psychologique intense (l’aperçu des méthodes de la police japonaise et de la propagande parle de lui-même), le désespoir des condamnés se traduit par des formes multiples et extrêmes, mais toutes bien humaines. Bêtise, veulerie, arrogance, terreur mais aussi courage, sacrifice, héroïsme anonyme et intelligence sont partout, chez les américains comme chez les japonais. Nous n’assistons plus à l’affrontement d’un pays de gentils contre un autre de méchants, comme les politiciens de chaque bord voudraient le faire croire, mais au déballage d’un vaste échantillon de tentatives d’échapper à une mort annoncée. Ceci, les soldats sur place ne le voient pas malheureusement comme nous. La stupéfaction d’une escouade de japonais ayant capturé un marine blessé est éloquente. Ils s’attendent à un monstre, ils croisent un camarade malchanceux.

Le cinéaste nous montre que dans de telles circonstances, les différences culturelles peuvent voler en éclat, et que non, la vérité humaine, mis à nu, ne découle pas de son drapeau. Ces futurs soldats inconnus, pris dans une nasse de certitudes, de contraintes stratégiques et de fatalité ne sont après tout que des hommes parmi les hommes.
L’intérêt et la morale de l’exercice étaient là : passant par-dessus les vieux antagonismes et les images toutes faites, ce film réussit avec bonheur à nous faire entrer en communion avec l’Autre – démontrant par là même que cet Autre a beaucoup plus de choses en commun avec l’occidental moyen que nous ne l’aurions imaginé.

Encore un pari gagné, Mr. Eastwood ! Et encore une preuve qu'un bon film de guerre ne peut être qu'anti-militariste…

Note : 14,5/20

Letters from Iwo Jima sur imdb
par Eddl publié dans : Cinéma
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Dimanche 8 avril 2007

La Paz, Bolivie, Novembre 2005

Souffle devenu court les oreilles bourdonnent
Ici un sol tout plat et quasi monotone
Pas léger, regard haut, astronaute en éveil
Là-bas sur les hauts pics, que la neige est merveille!
par Eddl publié dans : Images d'ailleurs
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Jeudi 5 avril 2007

La parenthèse enchantée, ce sont les années 70 vues comme une ère nostalgique de conquête des droits de la femme, entre le conservatisme de le société française des 60 et le sida des 80. C’est aussi la chronique douce-amère du périple de cinq personnages, deux hommes et trois femmes, qui se croisent et se recroisent, se cognent et s’évitent, s’attrapent et se manquent. C’est enfin un film touchant de Michel Spinosa qui nous raconte cela.

Vincent (Vincent Elbaz) et Paul (Roschdy Zem), deux amis d’enfance, rencontrent un soir d’été Alice (Clotilde Courau) et Eve (Karine Viard). Vincent est aussi coureur que Paul introverti, Eve aussi coincée et aigrie qu’Alice est libre et fraîche. Des liaisons se font et se défont dans la tête des uns, dans les faits pour tous. Eve épouse Paul, Vincent Marie (Géraldine Mailhas), Alice reste seule, mais ces choix sont-ils les bons ? Les situations peu à peu se délitent, les masques tomberont, mais peut-être trop tard.
Tous les comédiens incarnent leurs personnages à la perfection, alternant avec subtilité moments de drôlerie, de légèreté et instants graves ou émouvants. Clotilde Courau est particulièrement attendrissante. Fragile et très forte, elle est le centre autour duquel les autres gravitent. Une danse qui nous fait osciller entre désir et détresse avec bonheur. Le dosage prend aux tripes et à la gorge tout à la fois.

Ces intrigues sentimentales se déroulent dans le contexte de l’évolution de la société française des années 70, plus spécifiquement centré sur l’évolution de la condition de la femme. Là se situe l’autre intérêt du film.
Les décors, les vêtements, les couleurs, les dialogues, les coupes de cheveux fleurent bon les élans généreux et désordonnés de ces temps-là. Entre un entretien télévisé de Pompidou et le discours de Simone Veil sur l’avortement à l’Assemblée Nationale, on passe de l’univers étriqué des faiseuses d’anges à une image de liberté un peu incertaine mais oh combien positive.
Le message est enjolivé et probablement contestable, mais convaincant. On est heureusement loin du pamphlet féministe, et les diatribes des militantes de la cause sont intéressantes non seulement par le radicalisme et l’énergie qu’elles dégagent, mais aussi dans la qualité des dialogues eux-mêmes, qui traduisent bien les visions conflictuelles à l’époque – et sans doute aussi aujourd’hui – de la société. Les aspects divers et variés de l’attitude des femmes face aux hommes sont abordés avec délicatesse et sans manichéisme dans la composition des personnages féminins, qui ont chacun une posture bien tranchée vis-à-vis des hommes. On ne retrouve hélas, seul bémol sur le sujet, pas le même équilibre chez ces derniers. La lâcheté est le trait général qui les caractérise le plus. Elle apparaît comme le responsable principal des échecs des uns et des autres. Reflet de la réalité ?

Reste que l’on rie de bon cœur devant les problèmes de tous, lâches ou pas, et que l’on sent que chacun existe et est aimé, dans l’histoire comme par le réalisateur. Une bonne recette pour un succès.
Bref, Michel Spinosa réussit là un très bon mélange de divertissement et de réflexion. A voir – ou à revoir !

Note : 15/20

La parenthèse enchantée sur imdb
par Eddl publié dans : Cinéma
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Mercredi 28 mars 2007
La bataille des Thermopyles est une de ces pages d’histoire mythique devenue référence culturelle dans les pays qui ont hérité de la civilisation hellène. Comment 300 Spartiates parvinrent, par leur exemple et au prix de leur vie, à arrêter le flot d’une des plus grandes invasions de tous les temps et à participer à la fondation d’une des premières nations européennes, est une image qui a inspiré nombre d’artistes.
Frank Miller est de ceux-ci. De son propre aveu, le film ‘The 300 Spartans’ (‘La Bataille des Thermopyles’, sorti en 1962) a été un des déclencheurs de ses talents. Aussi, devenu un dessinateur de BD renommé, en a-t-il choisi l’histoire pour l’une de ses œuvres, ‘300’.

Le récent film ‘300’, co-produit et conseillé par Miller s’en fait la retranscription.
Zack Snyder, déjà remarqué pour son excellent remake ‘Dawn of the dead’ (‘L’armée des morts’ – 2004) en est le réalisateur. Il a clairement privilégié la vision artistique au détriment de la retranscription historique.

La bande dessinée était déjà par son style graphique sombre et violente; Snyder en reprend les tons grâce aux techniques d’incrustation modernes (pratiquement tout le film a été tourné devant des écrans bleus, puis retravaillé informatiquement), colle à son découpage grâce à des ralentis proches de l’arrêt sur image qui se rapprochent de l’ouvrage original jusque dans les moments d’action les plus intenses, et reprend certaines vignettes presque à l’identique. Il ajoute encore plus de démesure aux visions fantasmagoriques de Miller : les ennemis des spartiates deviennent des monstres bossus, défigurés, perfides, la voix du roi Xerxès (Rodrigo Santoro) est transformée pour être caverneuse. Bref, on se retrouve plus dans les Terres du Milieu que dans la Grèce antique. L’effet en est saisissant, les costumes sont superbes, même s’ils n’ont plus rien à voir avec les originaux , mais la surabondance d’effets spéciaux transforme une partie du film en carnaval des horreurs. On comprend les réactions indignées de certains iraniens prenant la peinture de la cour de Xerxès pour du comptant.

L’intrigue, elle aussi, suit la narration de Miller avec quelques ajouts qui l’éloignent toujours plus de la réalité. Le fil de l’histoire reste bien sûr le même, mais les raccourcis abondent. La représentation de la société spartiate est par exemple très simplifiée, même si elle rend bien compte de l’atmosphère d’eugénisme de cette cité. Ainsi les Ephores, conseil de sages élus contrôlant dans les faits les rois de Sparte, sont dépeints comme des lépreux corrompus physiquement et moralement… Une intrigue politico-amoureuse entre la reine Gorgo (Lena Headey, par ailleurs excellente dans le rôle) et un politicien corrompu de Sparte allonge la sauce pour rendre le tout un peu plus digeste pour un public féminin, mais elle n’a pas grand’chose de commun, et aucune influence sur la description de la bataille qui occupe le reste du film. Le pire est que le spectateur le sait très bien puisqu’il connaît d’avance l’issue du combat (c'est le problème avec les films historiques) L’équilibre entre action et sentiments qui avait fait par exemple le succès de ‘Gladiator’ est loin d’être atteint.

Difficile de ne pas avoir de lecture politique de ‘300’. La situation internationale actuelle transforme un message qui aurait pu être interprété comme un éloge d’une certaine virilité, d'une certaine pureté en brûlot militariste appelant à la lutte contre l’invasion de civilisations ennemies. Même si les auteurs se défendent de telles intentions (on notera que la bande dessinée date de bien avant le 11 septembre), une partie de son succès outre-atlantique et en Grèce provient sans aucun doute de là. D’où aussi les critiques de néo-fascisme et de racisme faites au film. Sans aller jusque-là, certaines répliques des héros grecs sont dans le fil de ce courant. Mais la plupart sont historiques et donc justifiées. Elles correspondent à la vérité de ces temps anciens, quand se construisaient les nations, mais trouvent un écho nauséabond aujourd’hui.

Que nous restera-t-il au bout du compte ? Plus d’une heure d’une bataille sanglante entre guerriers super humains et monstres de foire, entrecoupée de scènes plus ou moins ennuyeuses. Le tout baigne somptueusement dans des tons brun, rouge et or et est illustré de magnifiques images, mais l'ennui gagne. Un parfum politique douteux émane du tout.

Leonidas méritait mieux.

Note : 08/20

300 sur imdb
par Eddl publié dans : Cinéma
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Lundi 26 mars 2007
Bolivie, Novembre 2005
Jungle d'écume
Eclaboussures avides
Marteaux contre enclume
Pluie d'étincelles humides
par Eddl publié dans : Images d'ailleurs
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